La justice restaurative, une pratique qui va dans la bonne direction.
Je suis triste. Si triste. La tristesse sincère est parfois la seule forme d'espoir qui reste.
Sous la toge - un homme.
Depuis trente ans, j'écoute.
Des clients qui me confient ce qu'ils ne disent à personne. Des victimes qui tremblent en parlant. Des auteurs qui taisent ce qui les a brisés. Des familles qui portent des secrets trop lourds.
J'ai entendu des centaines de confidences. Douloureuses. Inoubliables.
Aujourd'hui - c'est moi qui vais vous en faire une.
Je suis triste. Profondément. Sincèrement. Parfois jusqu'au désespoir.
Triste pour les victimes, passées et futures.
Triste pour ceux qui récidivent parce qu'on n'a pas su les aider.
Triste pour ceux qui souffrent dans des prisons surpeuplées.
Triste pour une société qui déplore l'inefficacité de sa justice sans vouloir regarder les vraies causes de cet échec.
Des personnes souffrent en ce moment même, pendant que vous lisez ces mots.
Et cette souffrance aurait souvent pu être évitée.
C'est ça qui me brise.
Non pas l'existence de la souffrance mais notre refus collectif de nous attaquer à ce qui la produit.
Alors j'ai créé ce site.
Ni pour me faire plaisir. Ni pour me faire remarquer.
Je l’ai créé pour transmettre ce que trente années de pratique m’ont appris.
Pour partager ce que j’ai vu. Pour ouvrir des pistes. Pour montrer que d'autres voies existent.
J'y ai mis mes convictions les plus profondes. Et aussi mes doutes.
Les professionnels de la justice - magistrats, avocats, directeurs de prison - pourraient trouver ici des réflexions qui les concernent directement. Des questions qu'ils se posent peut-être eux-mêmes. Des analyses qui parlent de leur quotidien.
Certains viennent. Beaucoup ne viennent pas.
Je comprends. Le temps manque. Les habitudes rassurent. Le changement dérange.
Je comprends - et je suis triste quand même.
Parce que je sais ce que ce site contient.
Je sais l’expérience qui l’a nourri.
J’ai la conviction que les questions qu’il pose sont essentielles.
Je sais que certaines des solutions qu’il présente ont fait leurs preuves ailleurs.
Je sais que les regards qu’il propose sont rares et nécessaires.
Je suis convaincu que tout cela pourrait aider. A condition d'accepter de regarder.
Les statistiques ne pleurent pas. Moi, si.
Je ne suis plus capable d'entendre "Il faut punir plus fort." "Il faut être plus sévère." "Il faut construire plus de prisons."
Comme si on n'avait pas déjà essayé. Comme si ça n'avait pas déjà échoué. Comme si les monstrueux taux de récidive n'existaient pas.
Alors je continue.
Parce que les victimes méritent mieux. Parce que ceux qui récidivent méritent mieux. Parce que vous méritez mieux.
Parce qu'une justice qui protège réellement est possible. Et que quelqu'un doit continuer à le dire.
J'ai vu tellement de victimes brisées. J'ai vu des auteurs condamnés - et quand même récidiver. J'ai vu des solutions ignorées. J'ai vu des suicides. Oui, des suicides.
Ces images ne me quittent pas. Elles me poursuivent. Elles me font pleurer, encore aujourd'hui.
Et si j'écris ces mots, ce n'est pas pour partager ma tristesse.
C'est pour partager l'urgence.
Aujourd’hui, c’est moi qui vous ai confié quelque chose.
Si ces mots vous ont atteint, ne les laissez pas mourir ici.
Et si vous pensez que je me trompe, dites-le-moi.
Je n’ai pas peur d’avoir tort. J’ai peur que nous continuions à ne pas nous poser les bonnes questions.
Depuis trente ans, j’écoute les autres.
Aujourd’hui, j’espère simplement que quelqu’un m’entendra.
Parce que, seul, je peux témoigner.
Mais, pour changer les choses, il faudra être plusieurs.
S’il ne me restait qu’une seule chose à transmettre, ce serait sans doute celle-ci :
On ne sait jamais ce que les autres portent en silence. Moi, je les ai vus craquer - pendant trente ans. Que pouvons-nous offrir de mieux que notre humanité à ce que nous ne voyons pas ?
Bruno
La plus haute forme d'espérance, c'est le désespoir surmonté.

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