Gros plan sur le visage d’une femme en pleurs, une larme coulant sur sa joue, les cheveux en partie collés à son visage et l’expression marquée par la détresse.

La victime

Entre protection affichée et réalité vécue

La victime Entre protection affichée et réalité vécue

Protéger la victime, ou s’en servir ?

La victime est-elle devenue un prétexte pour durcir la justice pénale ?  A ses dépens ?

La victimisation secondaire rode.  Elle attend sa proie : la victime !

Alors posons aussi la vraie question :

La victime a-t-elle toujours intérêt à entrer dans la machine judiciaire ?

  

La victime.

On en parle beaucoup.

On la convoque dans les discours, dans les lois, dans les débats.

Elle est devenue une référence.
Presque un argument.

_______

On dit : il faut la protéger.

Alors on durcit les textes.
On alourdit les peines.
On renforce les dispositifs.

Et tout cela se fait en son nom.

_______

Mais il faut avoir l’honnêteté de poser la question.

Est-ce que cela la protège réellement ?

_______

Parce qu’à force d’invoquer la victime,
on finit parfois par s’en servir.

La victime a bon dos.

Elle permet de justifier une politique pénale plus sévère,
plus autoritaire.

Comme si la fermeté, à elle seule, suffisait à prévenir les infractions.

_______

Or, l’expérience montre autre chose.

Quand la réponse pénale se limite à punir davantage,
elle ne traite pas nécessairement les causes.

Et lorsqu’on ne traite pas les causes,
on ne fait que déplacer le problème.

_______

Alors les infractions continuent.

Et avec elles… de nouvelles victimes.

_______

Il y a là une contradiction qu’il faut regarder en face.

_______

Et puis, il y a la réalité du parcours judiciaire.

Celle dont on parle beaucoup moins.

_______

Une victime pousse la porte du commisariat.

Elle raconte.

Une fois.
Puis une autre.

Elle doit préciser, détailler, se souvenir.

Elle doit répondre à des questions parfois intrusives,
parfois déstabilisantes.

_______

Elle attend aussi.

Des mois.
Parfois des années.

_______

Ce processus a un nom.

La victimisation secondaire.

_______

Ce n’est pas l’infraction initiale.

C’est ce que la procédure ajoute.

Une forme de souffrance institutionnelle.

_______

Et certaines victimes le disent clairement :

ce qu’elles ont vécu dans le parcours judiciaire
a parfois été plus difficile à supporter
que l’acte dont elles ont été victimes.

_______

Cela doit nous interroger.

Sérieusement.

_______

Parce que si, au nom de la victime,
on adopte des réponses qui produisent davantage d’infractions
et que, dans le même temps,
on lui impose un parcours qui la fragilise encore,

alors il faut avoir le courage de reconnaître
que quelque chose ne fonctionne pas.

_______

Protéger les victimes ne consiste pas seulement à punir.

Cela suppose de comprendre,
de prévenir,
et aussi de respecter leur place dans le processus judiciaire.

_______

Les victimes n’ont pas besoin d’être brandies.

Elles ont besoin d’être comprises.

_______

Sinon, on parle d’elles.

Beaucoup.

Mais on ne les protège pas vraiment.

La victime : une place fragile

On parle beaucoup d’elle.

Mais que vit-elle réellement dans la justice pénale ?

_______

Dans les faits, la victime occupe souvent une place secondaire.

Ses besoins sont rarement au centre.
Elle doit s’adapter à une procédure qu’elle ne maîtrise pas.

Elle subit souvent une victimisation secondaire.
Qui vien s'ajouter à sa souffrance initiale.

Et, très vite, un sentiment s’installe :
celui d’être dépossédée.

Des besoins essentiels… rarement satisfaits

Les attentes d’une victime sont pourtant simples.

Se sentir en sécurité.
Être écoutée.
Voir les faits reconnus.
Obtenir une réparation.
Comprendre.

_______

Mais la justice pénale répond mal à ces besoins.

Elle juge.
Elle sanctionne.

Elle répare… parfois.

Mais elle écoute peu.
Et elle explique rarement.

La victimisation secondaire

Il existe une autre épreuve.

Moins visible.
Mais bien réelle.

_______

De nombreuses victimes disent, après coup,
que la procédure judiciaire a été plus difficile à supporter
que les faits eux-mêmes.

_______

Cela peut surprendre.

Cela l’est moins quand on regarde de près ce qu’elles traversent :

Le regard, parfois distant, du premier interlocuteur.
Les questions répétées, précises, intrusives.
La confrontation avec l’auteur.
Les contestations, les doutes, les attaques.

Parfois même, la remise en cause.

_______

La victime doit raconter.
Se répéter.
Se justifier.

_______

C’est cela, la victimisation secondaire.

Une souffrance ajoutée à la première.

_______

Il ne s’agit pas de décourager le dépôt de plainte.

Mais d’être lucide.

Entrer dans la machine judiciaire n’est pas neutre.
Cela suppose d’en connaître les exigences… et les risques.

_______

Une victime dépossédée

La victime est souvent à l’origine de la procédure.

Et pourtant, elle en perd rapidement le contrôle.

_______

Les décisions lui échappent.
Le rythme lui est imposé.
Les enjeux la dépassent.

_______

Elle devient, malgré elle, un élément du dossier.

Un témoin.
Une pièce.

_______

Il n’est pas rare qu’elle ait le sentiment
de ne plus vraiment être au centre de ce qui la concerne.

_______

À titre d’exemple, dans le système français, même l’accès à des démarches comme la justice restaurative dépend de décisions institutionnelles qui ne lui appartiennent pas.

_______

Paradoxe.

On agit en son nom.

Mais sans elle.

Découvrez la parole des experts :

Jacques VERIN, magistrat

Le magistrat Jacques VERIN a écrit :

La politique criminelle de réinsertion sociale des délinquants et la politique de protection des victimes, loin de s’opposer, se complètent mutuellement et procèdent du même esprit.

La véritable opposition, ce n’est pas celle qu’on a si souvent mise en avant entre un laxisme dangereux et une sévérité protectrice des citoyens,

c’est celle qui existe entre

  • une politique désincarnée, qui ne raisonne qu’à l’aide de catégories abstraites en vertu de raisonnements et d’hypothèses contredites depuis des siècles par les faits,

et

  • une politique qui s’adresse à des êtres humains, qu’ils soient victimes ou délinquants, et qui tienne compte de leur diversité pour être à la fois efficace et humaine.

_______

Jacques VERIN a été magistrat et secrétaire général de la Société internationale de criminologie et du Centre de recherche de politique criminelle.

Il a écrit ces lignes merveilleuses dans un article intitulé "Délinquants et victimes" publié dans le mensuel français Le Monde diplomatique, janvier 1985, pages 19 et 20.

« Commémorer sans protéger est un acte incomplet »

A l’aube de la dixième commémoration des attentats du 22 mars 2016, l’association de victimes Life for Brussels hausse le ton et accuse l’Etat d’avoir abandonné les survivants depuis une décennie. « Commémorer sans protéger est un acte incomplet », affirme l’organisation, qui dénonce la contradiction entre les hommages officiels et « un système qui asphyxie les victimes le reste de l’année ».

Dans une réaction transmise à Belga, Life for Brussels estime que l’indulgence accordée au lendemain des attaques n’a plus lieu d’être. « Si l’impréparation pouvait s’expliquer en 2016, l’inaction en 2026 constitue une faute politique majeure », souligne l’association.

Si la volonté de l’Etat s’est parfois manifestée, notamment via la Commission d’enquête parlementaire, le bilan de la mise en œuvre de ses recommandations est jugé « accablant ». Selon Life for Brussels, sur 46 mesures prioritaires, seules sept ont été pleinement concrétisées, 30 sont restées lettre morte et neuf n’ont jamais abouti.

L’association relève toutefois quelques signaux jugés encourageants ces derniers jours. Elle indique avoir été reçue par le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), et avoir établi des contacts avec les cabinets du Premier ministre et de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V).

Une réunion est prévue vendredi. Forte de plus de 700 membres, l’association y réitérera ses revendications. « Nous gardons espoir, tout en restant lucides. Cela fait des années que nous demandons des choses sans être entendus. Nous espérons que cela changera », résume Jamila Adda, de Life for Brussels.

La mise en place d’un fonds de garantie

La principale revendication concerne la création d’un fonds de garantie, promis par les autorités afin de simplifier le processus d’indemnisation. Ce mécanisme permettrait à l’Etat d’indemniser directement les victimes avant de se retourner vers les assureurs pour récupérer les montants avancés. Recommandé par la Commission d’enquête parlementaire, ce fonds semble toutefois aujourd’hui « avoir été rayé de l’agenda politique », déplore l’organisation. En l’absence de ce dispositif, l’Etat a mis en place un « guichet unique », que Life for Brussels décrit comme une « coquille vide », se limitant à un rôle d’information sans alléger la complexité des démarches.

Aujourd’hui, les procédures sont devenues si opaques et techniques qu’il est devenu quasi impossible pour une victime de s’en sortir sans l’assistance permanente d’un avocat spécialisé.

La fin des demandes de récupération du Service des Pensions

Life for Brussels dénonce également les procédures « totalement illégales » de récupération de pensions menées par le Service des Pensions. Selon l’organisation, l’Etat réclame le remboursement de sommes versées depuis plusieurs années, plongeant certaines familles dans la précarité. Concrètement, le Service des Pensions procède à des déductions sur la base des indemnités d’assurance perçues par les victimes, alors que les engagements pris à l’époque prévoyaient que seule l’incapacité personnelle devait être prise en compte. Life for Brussels juge cette interprétation de la loi « juridiquement contestable et humainement dévastatrice » et demande au gouvernement un signal clair et immédiat pour mettre fin à ces pratiques.


L’association réclame également une révision immédiate de la loi concernant le statut des ayants droit, et plus particulièrement des enfants à charge. Un enfant, âgé d’un an et demi au moment des faits et seul ayant droit à charge, risque ainsi de perdre sa pension à sa majorité, contrairement aux ayants droit adultes, indemnisés à vie. « Laisser une seule victime de côté constitue une discrimination inacceptable. On ne peut pas l’abandonner », insiste Jamila Adda.

Le rôle de l’office médico-légal de l’Etat belge

L’organisation met également en cause le rôle du Medex, l’office médico-légal de l’Etat, accusé de « mépriser les victimes » et de sous-évaluer systématiquement leurs séquelles. Elle lui reproche de ne pas respecter la loi, notamment en ne réévaluant pas les atteintes physiques lors des révisions quinquennales.

Les pratiques de certains médecins experts mandatés par les compagnies d’assurances sont également vivement critiquées. Life for Brussels évoque des comportements de harcèlement et d’humiliation à l’égard des victimes, citant le suicide de Katarina Viktorsson comme un « symbole tragique » de ces dérives. « Ce système ne répare pas, il achève les survivants », estime l’association.

Les « grands oubliés » de la décennie

Life for Brussels déplore enfin l’absence de prise en charge pour les « grands oubliés » de cette décennie : d’une part les mineurs traumatisés, souvent orientés vers des experts jugés inadaptés, et d’autre part les premiers intervenants – policiers, pompiers, secouristes – ne bénéficiant d’aucun statut spécifique malgré des séquelles comparables à celles des victimes directes.

À lire aussi La nuit du 13 novembre 2015, souvenir indélébile d’un Paris attaqué

« Nous exigeons que l’Etat reconnaisse enfin que la qualité de victime englobe tous ceux dont la vie a été brisée », insiste l’association. Dimanche, ce seront des enfants du 22 mars et un premier intervenant qui déposeront la gerbe de Life for Brussels devant le monument en hommage aux victimes.

« La reconnaissance ne se mesure pas à la hauteur des monuments, mais à la qualité de l’accompagnement juridique, financier et humain offert à ceux qui restent », conclut l’organisation, qui appelle le gouvernement à transformer l’émotion de ce dixième anniversaire en « un sursaut politique immédiat pour finaliser les réformes promises ».

(Le Soir et Belga, 19/03/2026)

Anne-Cécile ROBERT, "La justice transfigurée par les victimes"

Dans un article intitulé "La justice transfigurée par les victimes" publié dans le mensuel français Le Monde diplomatique en mars 2019, la journaliste Anne-Cécile ROBERT écrit :

Depuis toujours, l’intensité dramatique de certaines affaires criminelles défie la sérénité de la justice. Cette tension propre au procès pénal s’accroît avec la déification contemporaine des victimes. Le tribunal ne doit plus seulement sanctionner un coupable, il doit réparer les souffrances. Ce faisant, la victime devient procureur, les peines s’alourdissent mécaniquement.

-

Les victimes et leur souffrance ont longtemps été négligées par une justice qui avait pour objectif prioritaire de sanctionner le criminel et de protéger la société. Progressivement, elles se sont vu reconnaître des droits et un statut, ce qui a souvent rendu possible une plus juste réparation du préjudice subi. Les mouvements féministes et les associations humanitaires y ont beaucoup contribué dans les deux dernières décennies. Leurs efforts ont permis que le Conseil de l’Europe adopte plusieurs rapports sur l’aide et l’indemnisation que celles-ci peuvent dorénavant recevoir. En France, ce fut l’objet de la loi du 15 juin 2000. Le Canada dispose pour sa part depuis 2015 d’une charte des droits des victimes qui garantit à celles-ci une place dans l’administration de la justice. Elles sont entendues indépendamment de leur contribution à la manifestation de la vérité.

Mais, de fil en aiguille, la victime devient l’élément central du procès, qui a pourtant pour fonction première de juger l’accusé. Et elle se fait de plus en plus procureur, alors qu’elle est mal placée pour apprécier sereinement les faits. Les témoignages, surtout s’ils sont impressionnants, risquent alors de perturber la réflexion des jurés et d’altérer leur jugement sur une personne dont l’avenir est en jeu. « Il est légitime que la victime ait toute sa place dans le procès. (…) Mais il ne faut pas céder à la tentation de la transformer, selon les termes du doyen [Jean] Carbonnier, “de sujet passif du délit en agent martial de la répression”, avertissait Jacques Degrandi, alors premier président de la cour d’appel de Paris, dans un discours de rentrée pénale en 2013. Attention ! Progressivement, la victime devient l’âme du procès pénal et de ses suites. (…) Pousser trop loin une logique qui lui accorde, même indirectement, la conduite du procès se retournera tôt ou tard contre elle. »

(...)

Des récits spectaculaires

Si la justice n’a jamais été totalement imperméable aux mouvements de l’opinion, rythmés par des médias épris de faits divers, cette tendance se généralise. « Quand je regarde ce qui se passe aux États-Unis et au Canada, je suis frappé de l’évolution qui a accéléré la dureté des mœurs pénales et pénitentiaires. La victime, directement présente dans des commissions, peut être entendue à l’occasion d’un débat sur un aménagement de peine, rapporte le magistrat français Denis Salas. Elle peut également produire une cassette vidéo, donner n’importe quelle information, avec la légitimité suivante, qui mérite réflexion : “La sentence est trop courte compte tenu de la gravité du crime que j’ai subi.” (2) » Le tribunal devient un lieu de reconnaissance des souffrances, même si l’expression de celles-ci ne fait aucunement avancer la recherche de l’exactitude des faits et ne contribue pas à déterminer la responsabilité de l’accusé.

Le procès n’est plus simplement l’espace où la société décide du sort à réserver à un individu sur lequel pèsent des soupçons ; il a cessé d’être principalement le moyen pour la société d’apprécier le danger potentiel qu’un individu fait peser sur la collectivité. Le tribunal devient un espace d’expression, de gestion et, surtout, de réparation de la souffrance des victimes. Or rien n’est plus dangereux pour l’équilibre des débats que d’adopter la douleur comme critère d’évaluation de la culpabilité. Une vieille dame seule dont on tue le chat, seul être vivant lui tenant compagnie, sera durement éprouvée. Même une peine sévère ne sera pas à la hauteur de la douleur qu’on lui a causée. Cependant, souligne Éric Dupond-Moretti, « le procès pénal n’est pas l’annexe d’un cabinet de psychologie, ni un quelconque bureau du talion ».

« La cour d’assises, ajoute-t-il, se réunit pour juger un individu à qui la société demande des comptes pour un crime dont elle l’accuse. L’enjeu est là : un homme face au jugement de la communauté des hommes. Le système, tout imparfait qu’il soit, a été conçu ainsi, pour se substituer à la pratique de la vengeance individuelle (3). » Or la centralité de la victime et l’intensité du bruit médiatique propagé autour d’elle peuvent perturber la sérénité de la justice. « En moyenne, chaque reportage sur un fait divers criminel diffusé dans les journaux télévisés de 20 heures augmente de vingt-quatre jours la durée des peines prononcées le lendemain par les cours d’assises », estime l’Institut des politiques publiques de Paris (4). La victime, réelle ou présumée, dévie le jugement judiciaire. Circonstances atténuantes et principe d’individualisation des peines s’effacent au profit de sanctions lourdes, quasi automatiques.

L’erreur judiciaire dont a été victime M. Loïc Sécher trouve son origine dans l’émotion suscitée par le témoignage de sa prétendue victime. Accusé de viol par une adolescente, cet ouvrier agricole s’est vu innocenter, après des années d’emprisonnement, par le nouveau témoignage de celle-ci, devenue majeure, qui a reconnu avoir tout inventé. Comme dans l’affaire d’Outreau, où plusieurs personnes ont été condamnées à tort pour pédophilie, la justice a rencontré les plus grandes difficultés à revenir sur une décision erronée, prise sous l’empire de récits aussi imaginaires que spectaculaires et avec le souci, bien légitime, de protéger des mineurs (5). Il va sans dire que les simplifications médiatiques, le culte du « temps réel », les réseaux sociaux ne favorisent pas la sérénité dans ces affaires délicates.

Au nom de la souffrance, authentique, des victimes, on oublie le principe d’individualisation des peines, cet acquis des sociétés démocratiques grâce auquel on juge des actes mais aussi une personne, avec son histoire et ses caractéristiques. Mais, entend-on alors en guise de réfutation, le criminel s’abstrait de l’humanité ; par conséquent, la société peut s’en abstraire également. À ceci près, rétorque Dupond-Moretti, qu’« il ne suffit pas de cogner sur l’auteur des crimes pour apaiser la douleur des victimes. Ce n’est pas au tribunal que l’on fait son deuil, c’est au cimetière (6) ».

De sa longue observation du déroulement des procès de la CPI, Benvenuto conclut que le procès pénal international s’apparente de plus en plus à un parcours thérapeutique. Selon certains juristes, la justice constituerait en effet une « étape dans la nécessaire reconstruction de la victime (7) », et la nouvelle place obtenue dans le procès une « première réponse pertinente à ses multiples traumatismes (8) ».

Les éventuels dévoiements de procédure pénale se révèlent d’autant plus aisés que le crime est grave ou que le préjudice subi (par exemple lors d’un accident de transport qui a fait des dizaines de victimes) est immense. L’idée s’installe aisément non seulement que le châtiment doit être à la hauteur du dommage, mais qu’il faut trouver un coupable, même lorsqu’il n’y en a pas. Les catastrophes naturelles n’ont pas toujours de responsables directs à portée de justice, car ceux qui causent le réchauffement climatique habitent rarement sur les lieux où ses conséquences se font le plus ressentir.

(...)

Lorsque la souffrance relève d’un ordre social ou des logiques d’un système qui privent une personne de ses droits fondamentaux, l’action s’impose, et non la compassion. Le transfert de la faveur populaire du héros vers la victime en dit long sur le dolorisme ambiant et le sentiment d’impuissance qui l’accompagne. Les citoyens s’estiment tellement dépossédés des moyens d’agir sur leur quotidien et sur leur destin qu’ils se sentent plus proches d’une personne qui subit le malheur que de celle qui se bat pour le vaincre.

La victime a-t-elle intérêt à porter plainte ?

Bien sûr, si ...

La victime a-t-elle intérêt à porter plainte ?

_______

Bien sûr.

Enfin… ça dépend de ce qu’on entend par “intérêt”.

_______

Si l’objectif est de raconter son histoire une seule fois,
mauvaise nouvelle.

Vous aurez droit à plusieurs versions.

_______

Si l’idée est d’être écouté,
cela arrive.

Par moments.

Entre deux questions.

_______

Si vous espérez comprendre rapidement ce qui va se passer,
il faudra surtout apprendre la patience.

Et un nouveau vocabulaire.

_______

Si vous cherchez une expérience simple,
fluide,
et rassurante…

disons que ce n’est pas exactement le projet.

_______

En revanche, si vous êtes prêt à :

répéter,
attendre,
douter un peu,
et parfois vous expliquer davantage que vous ne l’imaginiez,

alors oui, la plainte a un intérêt.

_______

Celui d’entrer dans la machine judiciaire.

_______

Et, soyons honnêtes,
elle fait ce qu’elle peut.

Mais elle ne fait pas toujours ce que vous attendez.

_______

Alors faut-il porter plainte ?

Oui.

Souvent.

Parfois.

_______

Mais à une condition :

savoir que ce n’est pas seulement une démarche.

C’est un parcours.

Et qu’il vaut mieux être informé…
avant de commencer.

Quelles alternatives au dépôt d'une plainte ?

Pour une victime, quelles alternatives au dépôt de plainte ?

Déjà, dire les choses clairement :

Ne pas porter plainte ne veut pas dire “ne rien faire”.
C’est parfois choisir une autre forme de réponse.

_______

Parler… mais hors procédure

Avant toute chose, il y a une étape simple :
• en parler à un proche
• à un professionnel (psychologue, assistant social)
• à une association d’aide aux victimes

Objectif :
• poser des mots
• sortir de l’isolement
• reprendre un peu de contrôle

Sans entrer dans la machine judiciaire.

_______

La médiation (ou rencontre encadrée)

Quand c’est possible (et volontaire) :
• rencontre avec l’auteur
• présence d’un médiateur
• cadre sécurisé

Ça permet :
• poser des questions (“pourquoi moi ?”)
• exprimer ce que ça a fait
• obtenir parfois une reconnaissance directe

C’est souvent plus “réparateur” que la procédure classique.

_______

La justice restaurative

Plus structurée que la médiation :
• rencontres indirectes ou directes
• groupes de parole
• accompagnement spécialisé

Ce que ça apporte :
• compréhension
• reconnaissance
• apaisement

Sans passer nécessairement par une condamnation.

_______

La voie civile (indemnisation)

Sans passer par le pénal :
• demander réparation financière
• via assurance ou procédure civile

Intérêt :
• éviter la lourdeur du pénal
• se concentrer sur la réparation concrète

_______

Le signalement (sans plainte)

Possible dans certains cas :
• signaler des faits à une autorité
• sans déclencher une procédure complète

Utile quand :
• on veut laisser une trace
• sans s’engager dans un processus lourd

_______

Ne pas agir judiciairement (choix assumé)

C’est une option.

Parfois la plus lucide.

_______

Certaines victimes choisissent de :
• ne pas porter plainte
• tourner la page autrement
• se reconstruire sans passer par la justice

Ce n’est pas un renoncement.
C’est parfois une stratégie de protection.

_______

Ce qu’il faut retenir

Il n’existe pas une seule “bonne” réponse.

Mais une question centrale :

Qu’est-ce qui va réellement m’aider ?

_______

Parce que la justice pénale :
• peut aider
• mais peut aussi fragiliser

_______

L’important, ce n’est pas de “faire ce qu’il faut”
C’est de faire ce qui est juste pour soi

_______

Mes meilleurs conseils. Concrets.

Avant de décider de porter plainte, il peut être utile de prendre un moment pour vous poser certaines questions. Non pas pour vous décourager, mais pour vous aider à faire un choix éclairé, adapté à votre situation.

_______

Qu’est-ce que j’attends de cette démarche ?
Cherchez-vous une reconnaissance des faits ? Une sanction ? Des réponses ? Un apaisement ?
La justice peut répondre à certaines attentes… mais pas toujours à toutes.

_______

Suis-je prêt(e) à m’engager dans une procédure ?
Une plainte peut impliquer de raconter plusieurs fois ce que vous avez vécu, de répondre à des questions précises et d’attendre parfois longtemps.

_______

Ai-je besoin d’être accompagné(e) ?
Vous n’êtes pas obligé(e) de traverser cela seul(e).
Un proche, une association ou un professionnel peut vous soutenir.

_______

Est-ce le bon moment pour moi ?
Il n’y a pas de “bon” ou de “mauvais” choix, ni de timing universel.
Certaines personnes ont besoin d’agir rapidement, d’autres de prendre du temps.

_______

Existe-t-il d’autres voies qui pourraient m’aider ?
Parler, être écouté(e), être accompagné(e), envisager une démarche différente…
La plainte n’est pas la seule manière de commencer à se reconstruire.

_______

Qu’est-ce qui me ferait me sentir mieux, concrètement ?
C’est souvent la question la plus importante.
Votre décision doit d’abord répondre à vos besoins à vous.

_______

À retenir :
Porter plainte peut être une étape importante, parfois nécessaire.
Mais c’est une démarche qui vous appartient.

L’essentiel est que vous soyez informé(e), soutenu(e) et libre de votre choix.

En résumé :
  • En agissant adéquatement envers les coupables, ce sont les (futures potentielles) victimes que l'on protège.
  • Dans le cadre de la procédure pénale, les différents besoins de la victimes sont rarement satisfaits.
  • La victime doit être consciente des risques (notamment psychologiques) qu'elle prend si elle dépose plainte.
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