On construit. On remplit. On recommence. Et personne ne pose la vraie question.
La victime Entre protection affichée et réalité vécue
Protéger la victime, ou s’en servir ?
On l'invoque dans tous les discours. On légifère en son nom. On durcit les peines pour elle. Mais que vit-elle vraiment dans la justice pénale ? Et si, à force de brandir la victime, on avait fini par l'oublier ?
Sur cette page
- 1. Ce que la victime vit vraiment
- 2. Ce qui l'empêche d'être vraiment protégée
- 3. Une justice enfin à sa hauteur
1. Ce que la victime vit vraiment
Elle est partout dans les discours
La victime est devenue une référence.
Presque un argument.
On dit : il faut la protéger.
Alors on durcit les textes.
On alourdit les peines.
On renforce les dispositifs.
Et tout cela se fait en son nom.
Mais il faut avoir l'honnêteté de poser la question.
Est-ce que cela la protège réellement ?
La victime a bon dos
À force d'invoquer la victime -
on finit parfois par s'en servir.
Elle permet de justifier une politique pénale plus sévère.
Plus autoritaire.
Comme si la fermeté, à elle seule, suffisait à prévenir les infractions.
Or l'expérience montre autre chose.
Quand la réponse pénale se limite à punir davantage -
elle ne traite pas les causes.
Et lorsqu'on ne traite pas les causes -
on ne fait que reporter le problème.
Alors les infractions continuent. Et avec elles - de nouvelles victimes.
Une place fragile dans le processus
Dans les faits, la victime occupe souvent une place secondaire.
Elle doit s'adapter à une procédure qu'elle ne maîtrise pas.
Elle subit un rythme qui lui est imposé.
Elle perd rapidement le contrôle de ce qui la concerne pourtant directement.
Elle devient, malgré elle, un élément du dossier.
Un témoin.
Une pièce.
On agit en son nom. Mais sans elle.
Ce qu'elle attend - et ce qu'elle reçoit
Les attentes d'une victime sont pourtant simples.
Se sentir en sécurité.
Être écoutée.
Voir les faits reconnus.
Obtenir une réparation.
Comprendre.
Mais la justice pénale répond mal à ces besoins.
Elle juge.
Elle sanctionne.
Elle répare - parfois.
Mais elle écoute peu. Et elle explique rarement.
La victimisation secondaire
Il existe une autre épreuve.
Moins visible.
Mais bien réelle.
Une victime pousse la porte du commissariat.
Elle raconte.
Une fois.
Puis une autre.
Elle doit préciser, détailler, se souvenir.
Elle doit répondre à des questions parfois intrusives - parfois déstabilisantes.
Elle attend.
Des mois.
Parfois des années.
Et au bout - rarement ce qu'elle espérait.
Ce processus a un nom. La victimisation secondaire.
Ce n'est pas l'infraction initiale.
C'est ce que la procédure ajoute.
Une souffrance institutionnelle.
Ajoutée à la première.
De nombreuses victimes le disent clairement :
ce qu'elles ont vécu dans le parcours judiciaire
a parfois été plus difficile à supporter
que l'acte dont elles ont été victimes.
La victimisation secondaire rode. Elle attend sa proie : la victime !
Cela doit nous interroger. Sérieusement.
Faut-il toujours porter plainte ?
C'est une question que personne ne pose.
Parce qu'elle dérange.
Parce qu'elle semble presque indécente.
Et pourtant - elle est légitime.
Entrer dans la machine judiciaire n'est pas neutre.
Nous venons de le voir.
C'est s'exposer à des questions intrusives.
À des délais interminables.
À des confrontations douloureuses.
À une procédure qu'on ne maîtrise pas.
Et parfois - à une déception profonde au bout du chemin.
Alors la victime a le droit de se demander :
Est-ce que je veux vraiment traverser tout cela ?
En ai-je la force ?
Et qu'est-ce que j'en attends vraiment ?
Ces questions, personne ne les pose à la victime. Ni au commissariat. Ni chez l'avocat. Ni dans les services d'aide aux victimes.
Or d'autres voies existent.
La justice civile - souvent méconnue, elle permet d'obtenir réparation du préjudice subi sans nécessairement passer par la voie pénale. Elle est parfois plus rapide, moins traumatisante, et répond mieux au besoin concret d'indemnisation.
La médiation - qui permet un dialogue encadré avec l'auteur.
La justice restaurative - qui offre un espace de parole et de reconnaissance.
L'accompagnement psychologique - qui répond à des besoins que le procès pénal ignore.
Et parfois - ne rien faire.
Disons-le clairement.
Ce choix ne protège pas l'auteur.
Il ne l'exonère pas.
Il ne l'immunise pas.
Il protège la victime.
Car certaines victimes n'ont pas la force de traverser un parcours judiciaire long et douloureux.
Et les forcer à le faire - au nom d'une justice abstraite - peut aggraver leur souffrance sans rien réparer.
Ne rien faire n'est pas une capitulation.
Ce n'est pas abandonner la justice.
C'est choisir de se préserver - quand c'est la seule chose qui reste possible.
Et dans certains cas - c'est le choix le plus courageux qui soit.
Je ne décourage pas les victimes de porter plainte.
Je leur reconnais quelque chose d'essentiel :
Le droit de choisir. Et le droit d'être informées de toutes leurs options.
_____
Ces idées vous interpellent ? Découvrez leur auteur, Bruno GYSELS.
2. Ce qui l'empêche d'être vraiment protégée
La victime transformée en procureur
Il y a un autre dérapage - moins visible mais tout aussi grave.
À force de placer la victime au centre du procès -
on lui fait jouer un rôle qui n'est pas le sien.
Elle devient procureur.
Elle porte l'accusation.
Elle influence la peine.
Or elle est mal placée pour apprécier sereinement les faits.
Sa douleur est légitime.
Mais la douleur n'est pas un critère juridique.
Le magistrat français Denis Salas l'a dit avec clarté : la victime peut être entendue, mais pousser trop loin une logique qui lui accorde la conduite du procès se retournera tôt ou tard contre elle.
Les chiffres qui ne rassurent pas
En Belgique, les victimes des attentats du 22 mars 2016 témoignent d'une réalité accablante.
Sur 46 mesures prioritaires recommandées par la Commission d'enquête parlementaire -
7 ont été pleinement concrétisées. 30 sont restées lettre morte. 9 n'ont jamais abouti.
"Commémorer sans protéger est un acte incomplet." - Life for Brussels, mars 2026
Ce bilan ne concerne pas seulement les victimes d'attentats.
Il dit quelque chose de plus profond sur la place réelle accordée aux victimes -
au-delà des discours.
Ce que disent les experts
Jacques Verin - magistrat et criminologue
Jacques Verin l'a écrit avec une clarté remarquable : la politique de réinsertion des délinquants et la politique de protection des victimes ne s'opposent pas - elles se complètent. La vraie opposition n'est pas entre laxisme et sévérité. Elle est entre une politique abstraite qui raisonne par catégories - et une politique qui s'adresse à des êtres humains, victimes ou délinquants, avec efficacité et humanité.
Paragraphe d'introduction. Présentez ici votre regard inédit sur le sujet.
L'auteur - souvent une victime ignorée
Disons-le d'emblée.
Ce qui suit ne renverse pas les rôles.
Ce n'est pas une excuse.
Ce n'est pas une circonstance atténuante.
C'est une réalité que la justice pénale ignore - à ses dépens.
Derrière beaucoup d'auteurs d'infractions -
il y a une histoire.
Une enfance fracassée.
Des violences subies.
Une négligence profonde.
Un abandon précoce.
Un système éducatif qui a lâché.
Une addiction non traitée.
Une souffrance psychique ignorée.
Ces auteurs ont été des victimes.
Pas de la même infraction.
Pas au même moment.
Pas de la même façon.
Mais des victimes quand même.
La justice pénale ne s'en préoccupe pas.
Elle juge l'acte.
Elle sanctionne l'auteur.
Et elle passe à autre chose.
Sans jamais demander :
qu'est-ce qui a amené cet homme à en arriver là ?
qu'est-ce qui a conduit à cet acte ?
qu'est-ce qui pourrait interrompre ce cycle ?
Or cette question n'est pas anodine.
Car un auteur dont on n'a jamais traité la souffrance
sort de prison avec cette souffrance intacte.
Parfois aggravée.
Souvent ignorée.
Toujours présente.
Et cette souffrance produit - à nouveau.
De nouveaux actes.
De nouvelles victimes.
C'est le cycle.
Une victime ignorée devient parfois un auteur.
Un auteur non traité produit de nouvelles victimes.
Ces nouvelles victimes alimentent le système.
Et le système recommence.
Indéfiniment.
S'intéresser à ce que l'auteur a vécu -
ce n'est pas lui donner raison.
Ce n'est pas minimiser la souffrance de sa victime.
C'est interrompre le cycle. C'est protéger les victimes de demain en traitant aujourd'hui ce qui produit les auteurs. La vraie protection des victimes passe aussi par là.
Chercher la souffrance qui a provoqué l'acte - c'est l'acte le plus intelligent qui soit. Et le plus courageux.
Car il est plus facile de punir que de comprendre.
Plus confortable de condamner que de chercher.
Plus rassurant de fermer les yeux que de regarder en face.
Mais comprendre - c'est la seule voie qui protège vraiment. Pas les victimes d'hier. Les victimes de demain.
_____
Mon regard croise le vôtre ? Allons plus loin ensemble.
3. Une justice enfin à sa hauteur
Comprendre avant de punir
Protéger les victimes ne consiste pas seulement à punir plus fort.
Cela suppose de comprendre ce qui produit les infractions.
De prévenir plutôt que de réagir.
De traiter les causes - pas seulement les conséquences.
Car si on ne traite pas les causes -
on produit de nouvelles victimes.
Protéger les victimes - c'est empêcher qu'il y en ait de nouvelles demain.
Réformer le parcours judiciaire
Le parcours judiciaire doit cesser d'être une épreuve supplémentaire.
Cela suppose :
Une information claire et accessible - la victime doit comprendre ce qui se passe et pourquoi.
Un accompagnement réel - pas seulement juridique, mais humain.
Des délais raisonnables - l'attente prolongée est elle-même une forme de violence.
Une place authentique dans le processus - pas comme pièce d'un dossier, mais comme personne concernée.
Reconnaître une victime ne suffit pas. Encore faut-il répondre à ce qu'elle vit.
La justice restaurative - une piste sérieuse
La justice restaurative offre quelque chose que la justice pénale classique ne peut pas donner.
Un espace de parole.
Une reconnaissance directe ou indirecte.
Parfois - une réparation qui a du sens.
Elle ne convient pas à toutes les situations.
Elle ne remplace pas la sanction.
Mais pour certaines victimes elle répond à des besoins que le procès pénal ignore systématiquement.
- La victime est invoquée dans tous les discours - et trop souvent oubliée dans les faits.
- Le parcours judiciaire lui inflige parfois une seconde épreuve plus difficile à porter que la première.
- Interrompre le cycle des victimes exige de regarder là où ça dérange : la souffrance de ceux qui font du mal.
La victime - au cœur de tout le site.
Vous avez envie d'approndir la réflexion :
Retournez à la question fondamentale - Et si tout partait d'une erreur ?
Découvrez une clé cachée - Et si j'avais été la victime ?
Pour réparer ce qui a été brisé - explorez La justice restaurative

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