Justice pénale - La grande imposture

L'important n'est pas de frapper fort
mais de viser juste.

Et si tout partait d'une erreur ?

La question que je me pose, seul, la nuit

Entrez au coeur des analyses

Molière se moquait des médecins qui croyaient qu’il suffisait de saigner pour guérir. Qui se moquera de nous d’avoir cru qu’il suffisait d’enfermer les "méchants" pour les guérir ?

Pourquoi ce site ?

Imaginez

Une victime pousse la porte d'un commissariat.
Elle vient de vivre l'inacceptable.

Elle hésite.
Elle tremble.
Elle parle pourtant.

Puis viennent les questions.
L'attente.

Et puis souvent…

Rien.

Pas de condamnation.
Pas de protection.
Pas de changement.

Ce que vous devez savoir

1 violeur sur 100 est condamné.
65 % des détenus récidivent.
95 % des infractions échappent aux autorités.

Ce ne sont pas des anomalies. C'est le système qui fonctionne normalement.

Et si l'idée de départ était fausse ?

Tout le système repose sur une conviction :
punir suffirait.

Ce réflexe est humain. Légitime.
Mais il nous aveugle.

Il nous fait confondre ce qui soulage
et ce qui protège réellement.

Certaines évidences résistent longtemps. Précisément parce qu'elles paraissent évidentes.

Ce que ce site fait

Il ne cherche pas à vous rassurer.
Il ne cherche pas à excuser.

Il cherche à voir ce que personne ne veut regarder.
Il cherche ce qui protège vraiment.

Non pour affaiblir la justice. Mais pour enfin la rendre efficace.

Et pour cela - il va loin.

Il examine les faits - Le Constat. Il démonte les mécanismes - Les Causes. Il propose des pistes concrètes - Les Solutions.

Il passe trois sujets sous sa loupe - La victime. L'emprisonnement. Le narcotrafic.

Il ouvre des serrures que personne ne cherche à forcer - Les clés cachées.

Il explore ce que la justice pénale ignore - La justice restaurative.

Il pose la question que tout le monde évite - Juger ou comprendre ?

Il dénonce ce qui empêche le changement - L'entre-soi du monde judiciaire.

Ce site ne tourne pas en rond. Il avance - là où ça dérange.

Par où voulez-vous commencer ?

Découvrez l'erreur de cible : Et si tout partait d'une erreur ?
Regardez la réalité en face : Le Constat
Ouvrez les serrures : Les clés cachées

Mon conseil : commencez par Et si tout partait d'une erreur ?

 

Trois réalités qui révèlent la même erreur. De cible et de méthode.

L'amour, cet éternel hors-la-loi

Amour et justice pénale

Deux mots qu'on n'associe jamais. Et pourtant.

Le malentendu

On me dira que l'amour n'a rien à faire ici. Que la justice pénale est affaire de faits, de preuves, de peines - pas de sentiments. Je crois exactement l'inverse. La justice pénale est traversée par l'amour à chaque étape. Elle refuse simplement de le nommer.

L'amour dont je parle n'est pas la mansuétude. Ce n'est pas pardonner à tout prix. C'est quelque chose de plus dur, de plus exigeant : refuser de réduire une personne à son pire instant. Voir qu'un homme qui a tué n'est pas que ça. Voir qu'une victime qui souffre ne demande pas toujours la souffrance en retour.

Le système pénal, lui, a construit toute son architecture sur le mouvement contraire : figer. L'auteur devient le fait. Le fait devient l'identité. Et l'identité devient la peine.

Ce que le système confond

La sévérité n'est pas l'amour du bien. C'est son imitation la plus grossière. Punir fort rassure - l'opinion, le politique, parfois la victime elle-même, dans l'instant. Mais rassurer n'est pas réparer. Frapper fort n'est pas frapper juste.

L'amour du côté des victimes

On prête à la victime un désir de vengeance systématique. C'est faux, ou en tout cas incomplet.

Dire que la victime veut la peine la plus lourde possible arrange tout le monde. Ça arrange le politique, qui peut légiférer dans l'émotion sans avoir à se justifier davantage. Ça arrange le parquet, qui peut requérir fort sans avoir à expliquer pourquoi. Ça arrange l'opinion, qui préfère un récit simple - le mal puni - à un récit complexe.

Ça n'arrange pas toujours la victime elle-même.

J'ai vu des parties civiles pour qui la question centrale n'était jamais combien d'années. C'était pourquoi moi, est-ce qu'il sait ce qu'il m'a fait, est-ce que quelqu'un va le dire, publiquement, clairement. La reconnaissance du fait - nommé, admis, inscrit au dossier de l'histoire commune - comptait souvent plus que le quantum de la peine.

Frapper juste ne concerne pas que l'auteur. Ça concerne aussi ce qu'on doit à celui qui a subi. Et ce qu'on lui doit d'abord, c'est de lui demander ce dont il a besoin - plutôt que de le décider pour lui au nom d'une sévérité qui, souvent, ne répare rien.

L'amour du côté des familles

Personne n'en parle jamais. Une peine de prison ne punit pas un homme seul. Elle punit ses enfants, sa mère, sa femme - qui n'ont rien fait. Ils font l'antichambre des parloirs, ils portent la honte sociale, ils paient une dette qu'ils n'ont pas contractée.

Un système qui aimerait vraiment - qui prendrait au sérieux le lien humain comme levier - ne détruirait pas systématiquement ce lien. Bastøy, en Norvège, l'a compris : préserver l'attache, plutôt que l'anéantir, réduit la récidive. Ce n'est pas un hasard statistique. C'est une hypothèse vérifiée : l'homme qui garde un lien a une raison de ne pas y retourner.

Ce que je propose

Une justice qui aime ne serait pas une justice molle. Elle serait une justice qui vise juste - qui distingue la dangerosité réelle de la transgression ponctuelle, qui préserve les liens qui protègent, qui écoute les victimes avant de décider pour elles ce qu'elles veulent entendre.

L'amour, ici, n'est pas un supplément d'âme. C'est un principe d'efficacité qu'on a oublié de nommer.

_____

Ce que je n'oublierai pas : ce prévenu qui, avant l'énoncé de la peine, n'a pas demandé la clémence. Il a demandé qu'on dise ce qu'il avait fait à sa victime - devant elle, à voix haute. Le jugement a été sévère. Il l'a accepté sans un mot. Ce qu'il attendait n'était pas dans le jugement.

Qui m'attend ?

On cherche toujours la cause du côté du salaud. Rarement du côté du manque.

Ce qu'on refuse de voir

Le discours dominant sur la délinquance parle de choix, de responsabilité, parfois de nature. Il parle rarement de trajectoire. Et pourtant, derrière une majorité de parcours délinquants que j'ai croisés, il y a une même faille : quelqu'un, un jour, n'a compté pour personne.

Pas d'excuse là-dedans. Une explication. Ce n'est pas la même chose - mais le système pénal a tendance à confondre les deux, et refuse donc d'entendre la première par peur d'accorder la seconde.

La reconnaissance avant l'amour

Je préfère parler de reconnaissance plutôt que d'amour, ici - c'est plus précis. L'enfant, l'adolescent, l'adulte qui bascule vers l'infraction a souvent en commun de n'avoir jamais été vu. Ni par la famille, ni par l'école, ni par le travail, ni par personne. Le vide de reconnaissance sociale précède, très souvent, le passage à l'acte.

La bande, le gang, le groupe délinquant offrent ce que la société a refusé : une place, un statut, un regard. On y devient quelqu'un - même au prix d'un mauvais quelqu'un - plutôt que de rester personne.

Le crime comme langage

Il y a une lecture du crime que je trouve juste, même si elle dérange : le crime parle. Il dit, souvent maladroitement, violemment, ce que la personne n'a jamais pu formuler autrement - j'existe, je compte, regardez-moi enfin.

Ça ne rend pas l'acte moins grave. Mais ça change radicalement ce qu'on doit y répondre. Punir un cri ne le fait pas taire - il change simplement de forme, souvent en prison, où le manque de reconnaissance se retrouve amplifié plutôt que traité.

Ce que la prison aggrave

La prison, telle qu'on la pratique, est une machine à confirmer le manque plutôt qu'à le réparer. On y est un numéro. On y perd le lien familial, professionnel, social. On y sort, souvent, plus invisible qu'on n'y est entré.

La récidive n'est pas un échec du condamné. C'est souvent la confirmation, par le système lui-même, que le manque initial avait raison.

Ce que d'autres modèles ont compris

Les pays qui réduisent réellement la récidive - Portugal sur les addictions, Finlande sur l'incarcération courte, Norvège sur la culture du lien humain - partagent un point commun : ils traitent le manque plutôt que la seule faute. Accompagnement, formation, maintien du lien social, travail sur l'estime de soi. Ce n'est pas de l'angélisme. C'est de l'ultraréalisme. C'est un pari statistiquement plus efficace que la seule punition.

Qui m'attend ?

Ce que ma pratique m'a enseigné : la meilleure garantie de non-récidive ne s'écrit dans aucun jugement - elle porte un prénom, et attend dehors.

À la sortie : la reconnaissance comme politique publique, pas comme charité

La sortie de prison reste, pour beaucoup, une chute libre : pas de logement garanti, pas d'emploi, un casier judiciaire qui ferme presque toutes les portes. On demande à l'ancien détenu de ne pas récidiver tout en lui refusant, structurellement, toute reconnaissance sociale nouvelle.

Un accompagnement post-carcéral obligatoire et financé - logement transitoire, accès prioritaire à la formation, accompagnement à l'emploi pendant les premiers mois critiques - ne serait pas de la mansuétude. Ce serait la réponse réaliste au risque de récidive. Ce serait la seule politique cohérente avec le diagnostic qu'on vient de poser.

Ce que je ne propose pas

Je ne propose pas l'impunité. Je ne propose pas de nier la gravité de certains actes, ni la nécessité, parfois, d'un enfermement long. Je propose que la sévérité cesse d'être la seule variable pensée par notre droit - et que la reconstruction du lien devienne, enfin, une variable à part entière de la peine.

L'objection, et ma réponse

On me dira : tout le monde a manqué d'amour, tout le monde ne devient pas délinquant. C'est vrai. Le manque n'est jamais une cause unique, ni suffisante. Mais il est, dans une écrasante majorité de dossiers que j'ai portés, un facteur constant - quand la sévérité pure, elle, n'a jamais rien prévenu.

Traiter la cause n’exclut pas de sanctionner l’acte. Mais punir sans traiter la cause, c’est nourrir la récidive. Car une sanction qui ignore l’origine du problème peut frapper fort, mais elle ne frappe jamais juste.

_____

Ce que j'ai vu dans les dossiers, bien plus souvent qu'on ne l'admet : ce n'est pas la méchanceté qui mène au tribunal. C'est l'absence - de regard, de place, de mots.

La perpétuité contre soi

Le tribunal condamne un acte. Il ne s'adresse jamais à ce que l'auteur pense de lui-même après.

Une peine invisible

J'ai défendu des hommes et des femmes pour qui la peine prononcée en audience n'était pas la plus lourde. La plus lourde, ils se l'infligeaient eux-mêmes, chaque jour, bien après que le jugement soit devenu définitif. Une haine de soi qui ne figure dans aucun dossier, qu'aucun expert ne mesure, et que le système pénal n'a pas pour mission de traiter.

Le droit distingue la peine et son exécution. Il ne distingue jamais la peine légale et la peine intérieure - alors que c'est souvent la seconde qui dure le plus longtemps, et qui empêche le plus sûrement toute reconstruction.

Ce que le système ignore

Le parcours pénal, de l'instruction au jugement, est construit pour établir une chose : la responsabilité. Une fois établie, le dossier judiciaire considère sa mission accomplie. Ce qu'il ne prend jamais en charge, c'est le rapport que la personne condamnée entretient ensuite avec cette responsabilité - s'il s'agit d'un rapport constructif, qui permet d'avancer, ou d'un rapport destructeur, qui interdit toute reconstruction.

Une culpabilité non traitée ne protège personne. Elle isole, elle paralyse, et parfois elle nourrit la récidive plus sûrement que l'absence de remords. Un homme qui se déteste n'a souvent plus rien à perdre - et c'est précisément dans cet état-là que le pire redevient possible. En effet, l'homme qui ressent de la haine contre lui-même sera tenté d'y répondre par l'auto-destruction, avec les dommages colatéraux que cela implique. 

Le paradoxe du remords

Le système pénal demande le remords - il en fait un critère favorable, en audience, pour la peine, pour la libération conditionnelle. Mais il ne demande jamais ce que ce remords fait à la personne une fois exprimé. On coche la case, on passe à autre chose. Personne n'accompagne ce qui se passe ensuite, dans la tête de celui qui a dit qu'il regrettait - et qui, souvent, continue de se le répéter, seul, bien après que plus personne ne l'écoute.

Ce que d'autres approches font différemment

Les dispositifs de justice restaurative, quand ils existent, sont parmi les seuls à traiter frontalement cette dimension. La rencontre avec la victime, quand elle est choisie et encadrée, permet parfois à l'auteur de transformer une culpabilité paralysante en responsabilité assumée - une différence qui change tout, cliniquement autant que socialement. Ce n'est pas automatique, ni toujours possible. Mais c'est l'un des rares moments du parcours pénal où quelqu'un s'adresse enfin à ce que l'auteur ressent pour lui-même, plutôt qu'à ce qu'il a fait.

Ce que ça impliquerait

Un accompagnement psychologique systématique en détention - pas seulement pour évaluer la dangerosité, mais pour travailler ce rapport à soi - reste largement absent ou sous-doté dans le système belge. On soigne l'addiction quand elle existe. On ne soigne presque jamais la haine de soi, qui pourtant précède souvent l'addiction elle-même.

Traiter la culpabilité n'est pas absoudre. C'est permettre qu'elle devienne un moteur de reconstruction plutôt qu'une sentence à perpétuité que personne n'a prononcée, mais que tout le monde laisse s'exécuter.

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Ce que j'ai vu, plus souvent que je ne l'aurais voulu : des hommes sortis de prison, techniquement libres, et qui n'ont jamais cessé de purger, seuls, une peine que le jugement n'avait pourtant jamais prononcée.

Ce site n'est pas né d'une stratégie commerciale.

Il est né d'une douleur - la mienne.
Et d'un espoir qui refuse de s'éteindre : Je suis triste. Si triste.

Découvrez Bruno GYSELS

L'avocat empêcheur de juger en rond.

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