Cinq objectifs contradictoires.
Une déception inévitable.
A moins que...
Et si la réalité était plus complexe que ça ?
Face à un drame, un accident, une tragédie - le réflexe est immédiat et universel. Trouver le coupable. Le désigner. Le condamner. Ce besoin est profondément humain. Mais il nous pousse parfois à simplifier une réalité bien plus complexe - au risque de passer à côté de ce qui aurait vraiment pu changer les choses.
Un enfant est maltraité.
Un accident de la route fait des morts.
Une femme est assassinée par son compagnon.
Un attentat frappe une ville.
La réaction est immédiate.
Qui a fait ça ? Qui est responsable ? Qui doit payer ?
Ce réflexe est humain.
Il est légitime.
Il est même nécessaire.
Mais il cache quelque chose.
Face à la complexité d'un drame, notre esprit cherche instinctivement une réponse simple.
Un visage.
Un nom.
Une personne.
Un coupable.
Parce qu'un coupable, ça se juge.
Ça se condamne.
Ça se punit.
Et une fois puni, l'affaire est classée.
L'ordre est rétabli. La société peut respirer. On peut passer à autre chose.
Mais voici ce que ce réflexe efface souvent.
La part des autres.
Cet enfant maltraité - où étaient les voisins qui entendaient ?
Où était l'école qui voyait les bleus ?
Où était le système de protection de l'enfance qui avait été alerté ?
Cette femme assassinée - combien de fois avait-elle appelé à l'aide ?
Combien de fois avait-on minimisé sa peur ?
Combien de fois le système avait-il failli avant le drame ?
Cet homme qui récidive - que s'est-il passé en prison ?
Qu'a-t-on fait - ou pas fait - pour éviter qu'il repasse à l'acte ?
Il y a un coupable direct.
Mais il y a aussi des responsabilités diffuses.
Des négligences.
Des défaillances.
Des systèmes qui ont failli.
Pointer un individu est facile.
Pointer un système est beaucoup plus difficile.
Parce qu'un système n'a pas de visage.
Parce qu'une institution ne se met pas en prison.
Parce qu'une défaillance collective ne se condamne pas à dix ans de réclusion.
Alors on condamne l'individu.
Et le système, lui, continue.
Intact.
Inchangé.
Prêt à produire le prochain drame.
Parfois, même la responsabilité individuelle est moins évidente qu'elle n'y paraît.
Un adolescent qui bascule dans la violence après des années de maltraitance.
Un toxicomane qui commet des délits pour financer son addiction.
Un homme en état de détresse psychologique sévère qui passe à l'acte.
Cela ne signifie pas qu'ils n'ont pas de responsabilité.
Cela signifie que leur responsabilité n'est pas la seule.
Et que condamner l'individu sans examiner ce qui l'a conduit là - c'est refermer le dossier avant d'avoir vraiment compris.
En nous concentrant sur le coupable unique, nous nous privons des questions les plus importantes.
Comment ce drame a-t-il été possible ?
Qui ou quoi aurait pu l'empêcher ?
Qu'est-ce qui doit changer pour que cela ne recommence pas ?
Ces questions dérangent.
Parce qu'elles remettent en cause des institutions.
Parce qu'elles impliquent des responsabilités collectives.
Parce qu'elles obligent à regarder en face ce que l'on préfère ignorer.
Mais ce sont les seules questions qui permettent d'avancer.
La justice pénale est faite pour juger des individus.
C'est sa mission.
C'est sa force.
C'est aussi sa limite.
Elle peut condamner le chauffard récidiviste.
Elle ne peut pas condamner l'inefficacité de la justice pénale.
Elle peut condamner l'agresseur.
Elle ne peut pas condamner les années de violence conjugale banalisée.
Elle peut condamner le trafiquant.
Elle ne peut pas condamner la misère qui l'a produit.
Chercher un coupable est nécessaire.
Croire que c'est suffisant est une illusion.
Non plus seulement :
Qui a fait ça ?
Mais :
Comment faire pour que cela n'arrive plus ?
Et cette question-là dépasse toujours un seul coupable.
Cinq objectifs contradictoires.
Une déception inévitable.
A moins que...
Le désir de punir a un coût... en récidive, en nouvelles victimes, en cycles qui se répètent.
On n'a pas le temps d'agir sur les causes. Mais on trouve toujours le temps de recommencer.
Faut-il accélérer la justice au risque d’appauvrir le procès ?
Juger ou comprendre ? La question fondamentale.
La justice restaurative, une pratique qui va dans la bonne direction.