Un monde fermé sur lui-même - loin des réalités qu'il prétend réguler.
Les causes Un système qui se nourrit de ses propres échecs
Plus elle agit. Plus ça recommence.
Si la justice peine à produire les effets attendus, ce n'est pas par hasard. Ni la conséquence d'un seul dysfonctionnement. C'est une mécanique. Une mécanique où les causes produisent des effets - qui deviennent à leur tour des causes. Un système qui tourne en rond. Et qui, peu à peu, s'enferme.
Pour mieux comprendre les causes, mieux vaut connaître Le Constat - si vous ne l'avez pas encore lu.
Des cercles vicieux
La justice pénale ne dysfonctionne pas seulement. Elle tourne en rond.
Ces mécanismes ne sont pas toujours visibles. Mais ils sont à l'œuvre. En permanence.
L'illusion de tout traiter
Tout doit être pris en charge. Tout doit être poursuivi. Tout doit être sanctionné.
Rien n'est priorisé.
Les dossiers s'accumulent. Le temps manque. L'essentiel se dilue.
Ce qui devrait être central devient secondaire. Ce qui devrait être approfondi est expédié.
À vouloir tout traiter, on ne traite plus rien vraiment.
Punir dissuade. Vraiment ?
On alourdit les peines. On renforce la répression.
Parce qu'on pense : punir dissuade.
Mais la réalité est plus simple - et plus dérangeante.
La plupart des infractions ne se calculent pas. Elles se produisent.
Dans l'impulsivité. Dans la violence. Dans l'addiction. Dans le sentiment d'impunité.
"Pas vu, pas pris."
Personne ne consulte le code pénal avant de passer à l'acte.
Alors on punit davantage. Sans effet réel.
Et comme cela ne fonctionne pas - on recommence.
Un mécanisme plus profond explique ce réflexe. Un raccourci - pour ceux qui ne peuvent pas attendre : Pourquoi voulons-nous tellement punir ?
Une justice qui fabrique ce qu'elle combat
À force de répondre toujours de la même manière,
la justice finit par produire ce qu'elle prétend empêcher.
Elle sanctionne - sans empêcher la récidive.
Elle accélère - sans améliorer les résultats.
Elle durcit - sans protéger davantage.
Le système tourne sur lui-même.
Et chaque tour de roue renforce un peu plus
la conviction que la solution est dans la roue -
pas dans ce qui la fait tourner.
Trente ans pour la voir. Une confidence pour la dire.
La dérive silencieuse
La justice frappe les fragiles parce qu'ils sont visibles. Parce que leurs infractions sont simples à poursuivre. Parce que s'attaquer aux causes profondes - ou aux puissants - est infiniment plus complexe.
Mais il y a quelque chose de plus profond encore. Quelque chose que trente ans de barreau m'ont appris à voir.
Frapper les fragiles - ça fait du chiffre. Des dossiers traités. Des condamnations prononcées. Des statistiques rassurantes.
Car imperceptiblement - le chiffre est devenu l'objectif.
Un magistrat m'a récemment confié : "Je compte le nombre de jugements que je prononce. Plutôt que de m'intéresser à leur efficacité. Je me sens plus comptable que juge."
Cette confidence ne vient pas de critiques extérieurs. Elle vient de l'intérieur. D'un juge qui ressent le glissement. Je l'ai reconnu immédiatement - depuis la place de l'avocat.
Je trouve cette dérive particulièrement effrayante.
En réalité, il ne s'agit plus de protéger la société. Ni de réduire la récidive. Ni d'accompagner les victimes.
Mais de gérer des flux. D'évacuer les dossiers.
En visant des chiffres qui rassurent les politiques. Des chiffres qui justifient les budgets. Des chiffres qui donnent l'illusion que la justice fonctionne.
J'ai vu des magistrats remarquables - compétents, humains, engagés - se laisser happer par cette logique malgré eux. Pas par choix. Par pression.
Comme dans beaucoup d'institutions soumises à la pression du résultat - on a fini par confondre l'indicateur et l'objectif.
Compter les condamnations - et oublier de mesurer la récidive. Compter les dossiers traités - et oublier de mesurer la protection réelle. Compter - au lieu de protéger.
Pendant ce temps - les causes profondes persistent. Les mêmes reviennent. Et les chiffres, eux, continuent d'augmenter.
C'est le cercle le plus pervers de tous. Celui qui donne l'apparence du succès tout en produisant l'échec.
Et c'est celui que peu dénonce. Parce qu'il est confortable. Parce qu'il rassure. Parce qu'il donne bonne conscience.
Moi - je le dénonce ouvertement.
_____
Mon regard croise le vôtre ? Allons plus loin ensemble.
Cette dérive, d'autres l'ont vu aussi.
Deux juges et un professeur de droit s'expriment :
Pour un juge, voir le justiciable presque comme un adversaire ...
Véronique KRETZ, Juge en Alsace :
"Pour un juge, voir le justiciable presque comme un adversaire parce qu'il ralentit la gestion du flux mène aussi à une perte de sens des plus criantes."
Extrait de "Juger ou manager, il faut choisir", Délibérée, n° 11, novembre 2020).
_______
Véronique KRETZ a aussi déclaré :
"On pratique une justice d’abattage, 15 minutes par dossier, avec le sentiment de mal juger. Quand on expédie, on se trompe. La justice, c’est écouter les gens et pour ça il faut du temps."
Extrait de "Épuisés, les magistrats de Strasbourg exigent une réponse concrète du gouvernement", Rue89Strasbourg.com, 23 novembre 2022).
L'usager, lui, exprime un autre besoin que du quantitatif ...
Manuela CADELLI, Juge au Tribunal de premère instance de Namur (Belgique) :
"L'indicateur statistique devient un prescripteur, il entraîne une dénaturation de l'office du juge".
Madame CADELLI regrette aussi que, pour évaluer un juge, on ne prend en compte ni l'écoute, ni la qualité, ni la motivation, "toutes choses gazeuses que vous ne pouvez pas chiffrer, alors que l'usager, lui, exprime un autre besoin que du quantitatif."
Extrait de Radicaliser la justice. Projet pour la démocratie., Samsa Editions, Bruxelles, 2018)
La chaîne pénale évoque trop le travail à la chaîne ...
Loïc CADIET, professeur à l'Ecole de droit de la Sorbonne :
"La chaîne pénale évoque trop le travail à la chaîne et le culte du taux de réponse pénale risque de rendre moins vive la nécessité d'une réponse pénale de qualité."
Extrait de "La justice face aux défis du nombre et de la complexité", Les cahiers de la justice, Dalloz, Paris, janvier 2010)
La question que tout le monde évite
Toutes ces causes ramènent à une seule question.
La justice répond-elle au bon problème - ou commet-elle, structurellement, une erreur de cible ?
Les causes ne sont pas une fatalité. Elles ont des réponses : pas plus d'action. Une action différente. Ciblée. Efficace. Courageuse. C'est exactement ce que les solutions proposent.
- La répression, la course aux chiffres, l'illusion de tout traiter - autant de cercles vicieux qui s'alimentent.
- La justice tourne en rond parce qu'elle répond aux symptômes sans s'intéresser aux causes.
- On sait maintenant pourquoi ça ne marche pas. Voyons ce qui pourrait fonctionner.
La suite logique, en trois directions.
Revenez au point de départ - Et si tout partait d'une erreur ?
Retournez aux faits - Le Constat
Découvrez ce qui pourrait changer - Les Solutions

Partager ce contenu