La surpopulation carcérale comme partie visible de l'iceberg.
La justice restaurative Apaiser la victime. Responsabiliser l'auteur. Avec humanité.
Un vol à l’arraché.
C’est comme ça que ça commence.
C’est comme ça que ça s'appelle, aussi.
Une ligne dans un dossier.
Une qualification.
Une réponse pénale.
Et puis plus rien.
Sauf que non.
Parce qu’en vrai, il reste toujours quelque chose.
Une femme qui tombe.
Un corps qui encaisse.
Et après, ce moment discret mais tenace :
celui où marcher dans la rue n’est plus exactement pareil.
Ça, aucun jugement ne l’écrit vraiment.
Du côté de la victime,
il reste des questions qui n’ont pas trouvé leur place dans le jugement.
Pourquoi moi ?
Est-ce qu’il a compris ?
Va-t-il recommencer ?
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Et de l’autre côté ?
Un jeune.
Pas “un auteur” au sens froid du terme.
Quelqu’un qui agit vite, mal, sans penser — ou plutôt, sans aller jusqu’au bout de la pensée.
Parce que penser vraiment, ce serait voir.
Et voir, ce serait peut-être s’arrêter.
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La justice classique fait son travail.
Elle constate.
Elle tranche.
Elle sanctionne.
C’est nécessaire.
Mais elle laisse souvent un angle mort.
Elle ne met pas les gens en présence.
Elle ne force pas le réel à apparaître.
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La justice restaurative, elle, prend ce risque-là.
Pas celui d’effacer.
Pas celui de pardonner à tout prix.
Celui de faire se rencontrer deux réalités qui, d’habitude, s’ignorent.
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Alors il y a un moment.
Pas spectaculaire.
Pas héroïque.
Juste un moment où quelqu’un dit :
“Voilà ce que ça m’a fait.”
Et en face, quelqu’un qui ne peut plus répondre par le silence.
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Ce n’est pas confortable.
Ce n’est pas magique.
Mais c’est précis.
Parce qu’à cet endroit, l’acte cesse d’être une abstraction.
Il devient une expérience partagée — mais pas au même titre.
Lucas l’a commis.
Sophie l’a subi.
Et cette dissymétrie, enfin, apparaît clairement.
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Et Lucas écoute.
Au début, comme on écoute parce qu’on doit.
Puis autrement.
Parce qu’il n’y a plus de distance.
Ce n’est plus “une victime”.
C’est Sophie, avec une voix, un récit, un effet réel.
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À cet endroit-là, quelque chose se déplace.
Pas un retournement spectaculaire.
Pas une révélation totale.
Mais une compréhension qui s’ancre.
Son geste a une portée.
Pas abstraite.
Pas juridique.
Concrète.
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Il ne peut plus dire :
“Ce n’était qu’un vol.”
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Et ça, c’est déjà beaucoup.
Parce que la plupart des systèmes punissent sans transformer.
Ici, il y a au moins une tentative de transformation.
Fragile.
Incomplète.
Mais réelle.
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La justice restaurative ne remplace pas tout.
Elle n’est pas faite pour tous les cas.
Elle ne résout pas tout.
Mais elle pose une question simple, presque dérangeante :
Est-ce que juger suffit…
si personne ne comprend vraiment ce qui s’est passé ?
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Et parfois,
la réponse est non.
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Ce n’est pas ce que la justice pénale décide qui transforme le plus.
C’est ce moment précis
où quelqu’un comprend — enfin —
ce qu’il a fait à quelqu’un d’autre.
Ce qu'ils disent de la justice restaurative :
Stéphanie ZAREV, rescapée du Bataclan
Stéphanie ZAREV, rescapée du Bataclan, Arte, 28', 18/11/2025
"L'audience était déjà levée. Salah ABDESLAM était tout seul dans le box. (...)
L'échange bref que j'ai eu avec lui m'a un peu fait sortir de mon statut de victime, il n'y avait plus cette emprise, il n'y avait plus le mépris que le bourreau peut avoir envers la victime. Là, on échangeait d'être humain à être humain en dehors de tout débat. J'ai pu lui dire ce que j'avais à lui dire et il a accueilli ce que je lui ai dit. Il m'a remercié. Il m'a souhaité bon courage pour la suite. (...) J'ai vraiment ressenti un soulagement et un apaisement. Et en gros, pour moi, le procès s'est fini à ce moment-là."
(...)
"Le mot apaisement fait écho en moi. J'ai eu de la colère au départ mais ce n'est pas mon moteur, ça me bouffe trop d'énergie. Je ne peux pas continuer là-dedans. Et l'apaisement, ça permet d'avancer justement et de se projeter un petit peu dans l'avenir.
Geneviève CELANT, violée : "J'ai pas vu écrit assassin sur leur front."
Extrait de France 3, "Le 19/20", 09/04/2016 (rediffusé sur Arte, 28', 18/11/2025)
Chez Geneviève, des photos de sa nièce violée, comme elle, des années auparavant. C'est parce qu'elle en éprouvait une blessure inguérissable que cette victime a accepté de rencontrer à six reprises un groupe d'auteurs d'autres crimes sexuels. Au départ, elle s'était jurée de ne pas les saluer.
Geneviève CELANT : "J'ai tendu la main parce que j'avais vu trois êtres humains. J'avais pas vu écrit assassin sur leur front. Ces rencontres m'ont permis d'avoir une réflexion autre que celle de la haine et de la vengeance. J'ai senti que j'avais un apaisement."
Benjamin SAYOUS, Directeur de l'Institut Français de la Justice Restaurative
Benjamin SAYOUS, Directeur de l'Institut Français de la Justice Restaurative, Arte, 28', 18/11/2025
"Des criminologues évoquent que la justice restaurative peut aider à la désistance, c'est-à-dire à la sortie d'un parcours délinquant.
Les études montrent, avec groupes de contrôle, qu'il y a 25 à 35 % de récidive en moins. La justice restaurative permet la prise de conscience. Comme on le voit dans le film Je verrai toujours vos visages. L'auteur retiendra toujours cette image de la victime et il va se poser des questions forcément."

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