Faut-il accélérer la justice au risque d’appauvrir le procès ?
Pourquoi la justice déçoit-elle ? Quand ce qu'on attend et ce qu'elle peut donner ne coïncident pas
Ce que la déception révèle vraiment
Elle déçoit les victimes qui espéraient réparation. Elle déçoit les citoyens qui attendaient protection. Elle déçoit même ceux qui y travaillent. La déception face à la justice est universelle - et pourtant, personne ne s'interroge vraiment sur ce qu'elle révèle.
Le verdict tombe. La déception reste.
Trop sévère pour les uns.
Trop indulgente pour les autres.
Trop lente. Trop froide. Trop incompréhensible.
Quel que soit le verdict, quelqu'un repart déçu.
Ce n'est pas une coïncidence.
Ce n'est pas non plus un dysfonctionnement.
C'est le signe que quelque chose de plus profond est en jeu.
On attend tout de la justice. Elle ne peut pas tout donner.
La justice pénale est chargée de missions contradictoires.
Elle doit punir - pour sanctionner ce qui s'est passé.
Elle doit protéger - pour éviter que cela recommence.
Elle doit réparer - pour reconnaître la souffrance de la victime.
Elle doit réhabiliter - pour que l'auteur ne repasse pas à l'acte.
Elle doit dissuader - pour que d'autres n'imitent pas.
Cinq objectifs. Souvent contradictoires.
Une peine longue punit - mais détruit le lien social et fabrique de la récidive.
Une peine courte préserve ce lien - mais semble insuffisante aux yeux de la victime.
Une peine alternative protège mieux - mais paraît trop clémente au regard de l'opinion.
Aucune décision ne peut satisfaire tout le monde.
Parce qu'aucune décision ne peut atteindre cinq objectifs contradictoires à la fois.
On attend de la justice ce qu'elle ne peut pas donner
La victime veut être reconnue dans sa souffrance.
La justice ne thérapeute pas - elle juge.
La victime veut être protégée à l'avenir.
La justice ne prédit pas - elle sanctionne le passé.
La victime veut comprendre pourquoi.
La justice ne cherche pas les causes - elle établit les faits.
Ce décalage est structurel.
Il ne vient pas d'un juge incompétent ou d'un système défaillant.
Il vient de ce qu'on demande à la justice ce qu'elle n'a jamais été conçue pour donner.
La déception comme révélateur
La déception face à la justice n'est pas irrationnelle.
Elle révèle quelque chose d'important :
On confond sanctionner et protéger. On confond punir et guérir. On confond verdict et vérité.
Et tant que cette confusion persiste, la déception est inévitable.
Parce qu'on mesure l'efficacité de la justice à l'intensité de la punition - pas à sa capacité réelle à protéger.
Ce que la déception devrait nous apprendre
Si la justice déçoit autant et aussi souvent, ce n'est pas qu'elle est trop laxiste.
C'est qu'on lui pose les mauvaises questions.
Non pas : a-t-elle assez puni ?
Mais : a-t-elle vraiment protégé ?
Et cette question-là - la seule qui compte - reste presque toujours sans réponse.
- La justice déçoit parce qu'on lui demande de punir le passé et de protéger l'avenir - simultanément.
- Ces deux objectifs ne se confondent pas.
- Tant qu'on les confondra, la déception sera inévitable.

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