Juger ou comprendre ?

Peut-on juger ce que l’on n’a pas compris ?

Juger ou comprendre ? Peut-on juger ce que l’on n’a pas compris ?

Le piège dans lequel la justice est tombée

Juger sans comprendre - c'est condamner sans agir. Comprendre sans juger - c'est analyser sans assumer. La vraie question n'est pas de choisir entre les deux. C'est de comprendre pourquoi on les oppose - et ce que cette opposition coûte.

1. L'opposition qui paralyse

Un faux choix

On nous présente deux camps.

D'un côté - ceux qui veulent juger.
Fermement.
Sévèrement.
Sans états d'âme.

De l'autre - ceux qui veulent comprendre.
Analyser.
Contextualiser.
Nuancer.

Et on nous dit de choisir.

Comme si juger et comprendre s'excluaient.
Comme si la sévérité était l'ennemi de la réflexion.
Comme si la compréhension était une forme d'indulgence.

Ce faux choix est au cœur de l'échec de la justice pénale.

 

D'où vient cette opposition ?

Elle vient d'une confusion fondamentale.

Comprendre - ce n'est pas excuser.
Analyser - ce n'est pas absoudre.
Contextualiser - ce n'est pas minimiser.

Comprendre, c'est agir là où ça compte vraiment.

Mais cette confusion est entretenue.

Par les médias - qui simplifient.
Par les politiques - qui instrumentalisent.
Par le débat public - qui préfère les certitudes aux questions.

Et pendant ce temps - la justice continue de juger sans comprendre. Et de recommencer.

 

Ce que l'opposition produit

Juger sans comprendre -
c'est répondre aux conséquences
sans toucher aux causes.

C'est condamner l'individu
sans agir sur ce qui l'a produit.

C'est fermer un dossier
sans empêcher le suivant de s'ouvrir.

65 % des détenus récidivent.

Ce chiffre n'est pas le signe d'une justice trop douce. C'est le signe d'une justice qui juge sans comprendre.

 

Comprendre - un luxe ou une nécessité ?

2. Ce que comprendre veut vraiment dire

Comprendre n'est pas excuser

C'est la confusion la plus répandue.
La plus dangereuse.
La plus tenace.

Disons-le clairement - une fois pour toutes.

Comprendre pourquoi un homme a commis un acte -
ce n'est pas dire que cet acte était acceptable.
Ce n'est pas dire qu'il ne mérite pas de sanction.
Ce n'est pas dire que la victime doit pardonner.

C'est agir sur ce qui a produit l'acte. Pour qu'il ne se reproduise pas.

 

Comprendre, c'est protéger

Un juge qui comprend
ce qui a conduit un homme devant lui
est mieux équipé pour décider
de ce qui l'empêchera d'y revenir.

Comprendre, c'est protéger.

Pas les victimes d'hier. Les victimes de demain.

Les Juges travaillent avec des faits, des textes de loi et des principes juridiques.

Or, les êtres humains arrivent avec leur histoire, leurs peurs, leurs pleurs, leurs blessures, leurs espoirs.

Ce que comprendre exige

Comprendre exige du temps.
De l'écoute.
Des compétences.
Des moyens.

Tout ce que la justice pénale n'a pas toujours.

Une audience de vingt minutes
ne permet pas de comprendre
une trajectoire de vie.

Un dossier de cent pages
ne dit pas toujours pourquoi.

Et pourtant - c'est là que tout se joue.

 

La criminologie - l'alliée ignorée

La criminologie existe.

Elle étudie les causes de la délinquance.
Les trajectoires.
Les mécanismes.
Les facteurs de risque et de protection.

Elle sait des choses que la justice pénale ignore.

Ou feint d'ignorer.

Car intégrer la criminologie dans la réponse pénale -
c'est accepter que juger ne suffit pas.

Et cette acceptation dérange.

 

Et si comprendre était la condition du jugement efficace ?

3. Ce que juger sans comprendre produit

La récidive - l'aveu d'un échec

65 % des détenus récidivent.

Ce chiffre revient.
Il doit revenir.

Jusqu'à ce qu'on en tire les conséquences.

Il dit une chose simple -
juger sans comprendre
ne protège pas.

Il punit le passé.
Il ne protège pas l'avenir.

 

Le juge seul face à la complexité

Le juge prononce une peine.

Il le fait avec les outils dont il dispose.
Les faits.
Le dossier.
La loi.

Mais il lui manque souvent l'essentiel.

Pourquoi cet homme en est-il arrivé là ?
Qu'est-ce qui pourrait l'empêcher de recommencer ?
Quelle réponse serait vraiment efficace - pour lui, pour la victime, pour la société ?

Ces questions - le procès pénal ne les pose pas. Ou si rarement.

 

La victime - oubliée dans le jugement

Juger sans comprendre - c'est aussi oublier la victime.

Pas la victime abstraite — celle qu'on brandit dans les discours.
La victime réelle - celle qui attend une réponse.

Une réponse à ses questions.
Une réponse à sa souffrance.
Une réponse qui l'aide à avancer.

Le jugement prononce une peine. Il ne répond presque jamais à ces besoins.

 

Libérons la Justice - un regard inédit

 Ces réalités - je ne les ai pas lues. Je les ai traversées.

 

4. Ma réponse à Malraux - et à la justice.

 

La question est complexe - affrontons-la

"Juger, c'est de toute évidence ne pas comprendre puisque, si l'on comprenait, on ne pourrait pas juger." - André MALRAUX

Malraux a philosophiquement raison - et c'est là que réside le danger.
Prise au pied de la lettre, sa phrase mène droit à l'impunité.
Or ni l'impunité seule ni la punition seule ne suffisent à protéger vraiment.
La question est complexe. Visiblement.
Raison de plus pour l'affronter - et ne pas renoncer.

 

Ce que je vois depuis trente ans

En trente ans de barreau -
j'ai vu des juges comprendre.

Des juges qui prenaient le temps.
Qui posaient les vraies questions.
Qui cherchaient la réponse juste - pas seulement la réponse légale.

Ces juges-là obtiennent des résultats différents.

Moins de récidive.
Plus de sens pour la victime.
Plus d'humanité dans la réponse.

Mais ils sont trop rares. Et le système ne les aide pas.

 

Ce que je pense

Juger et comprendre ne s'opposent pas.

Ils se complètent. Ils se nourrissent. L'un sans l'autre est incomplet.

Une justice qui juge sans comprendre
produit de la punition.

Une justice qui comprend sans juger
produit de l'impunité.

Une justice qui juge ET comprend produit de la protection.

C'est cette justice-là que je veux. C'est cette justice-là que les victimes méritent. C'est cette justice-là qui empêche de recommencer.

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Ces idées vous interpellent ?  Découvrez leur auteur, Bruno GYSELS.

L'essentiel
  • Et si comprendre était la condition du jugement efficace ?
  • 65 % des détenus récidivent - non par manque de sévérité, mais par manque de compréhension.
  • Une justice accomplie juge ET comprend - simultanément, courageusement, humainement.
Découvrez La justice restaurative

La réflexion continue :

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Mon conseil : Les causes ? Pas le temps.

Découvrez Bruno GYSELS

L'avocat convaincu que la justice peut et doit beaucoup mieux faire.

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