La surpopulation carcérale comme partie visible de l'iceberg.
Juger ou comprendre ? Peut-on juger sans comprendre ?
Juger ou comprendre ?
Dans son livre Juger publié en 2025, le professeur de philosophie Denis COLLINS analyse la problématique "comprendre et juger" qui peut se résumer comme suit :
Comprendre n’est pas justifier, mais c’est déjà suspendre, du moins un temps, le jugement moral immédiat. Toute démarche intellectuelle visant à éclairer un acte suppose qu’on le replace
dans un contexte, qu’on en explore les causes sociales, psychologiques ou historiques.
Mais cette posture peut paraître dangereuse : à force de tout expliquer, ne risque-t-on pas de tout excuser ?
Cette inquiétude traverse notamment la pensée d’Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem, lorsqu’elle analyse la banalité du mal. Il ne s’agit pas d’absoudre, mais d’éviter une condamnation aveugle.
À l’inverse, juger sans comprendre, c’est risquer l’injustice, le préjugé, voire la vengeance.
Le défi, pour celui qui juge, est donc de combiner deux exigences contradictoires : l’exigence de lucidité (comprendre les causes) et
l’exigence de responsabilité (ne pas renoncer à trancher).
Ce fragile équilibre fait du jugement un acte profondément humain – ni purement rationnel, ni totalement émotionnel.
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Juger a pour objectif de :
- apaiser les conflits
- éviter que le mal se reproduise
- permettre à la victime de comprendre et, le cas échéant, de pardonner.
Or, ces objectifs ne pourront être atteints qu'à condition qu'avant de juger, le Juge cherche à comprendre. En très résumé, "juger nécessite qu'on ait compris". (un des titre de COLLINS).
J'ajouterai que c'est précisément parce que trop peu de Juges cherchent, avec empathie et ténacité, à comprendre qu'il y a trant de récidive dans le chef des auteurs et tant de frustration dans le chef des victimes.
Je synthétiserais l'acte de juger en trois temps (aussi indispensables les uns que les autres) :
- Suspendre provisoirement son jugement
- Comprendre la dynamique de l'acte reproché et les ressorts de son auteur
- Juger seulement après avoir compris
Indéniablement, l'acte de juger prend du temps. Il est dès lors incompatible avec les visées productivistes assignées à la justice pénale.
Question 1
Réponse 1
Question 2
Réponse 2
Question 3
Réponse 3

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