Plusieurs mains tendues vers l'avant derrière un fil barbelé, évoquant un sentiment d'emprisonnement, de restriction ou de quête de liberté.

La surpopulation carcérale

La saturation organisée

La surpopulation carcérale La saturation organisée

Pas un accident. Un choix. Aussi le vôtre ?

Les prisons débordent. On construit. On agrandit. On colmate. Et rien ne se résorbe. Parce que la surpopulation carcérale n'est pas un problème de places. C'est le symptôme d'un choix - celui d'enfermer toujours plus, toujours plus longtemps, pour toujours plus de faits.

Et il y a ce que personne ne dit - notre part du problème. Elle se révèle à ceux qui auront le courage d'aller jusqu'au bout - ils ne le regretteront pas.

Sur cette page

  • 1. La réalité derrière les barreaux
  • 2. Le problème n'est pas là où on vous le montre
  • 3. Ce que disent ceux qui voient
  • 4. La seule question qui compte vraiment
  • Mon regard inédit  :  L'indifférence collective - notre part du problème

 

1. La réalité derrière les barreaux

Les chiffres qui ne rassurent pas

En Belgique :
13 700 détenus pour 11 000 places. Plus de 700 détenus dorment chaque nuit à même le sol. 3 500 condamnés attendent d'être incarcérés - faute de place.

En France :
85 000 détenus pour 62 000 places. Un taux d'occupation de 135 % - qui atteint 200 % dans certains établissements. Des milliers de détenus dorment sur un matelas posé à même le sol.

En Suisse romande :
Un taux de suroccupation qui peut atteindre 166 %.

Ce ne sont pas des anomalies.
C'est le système qui fonctionne normalement.

Ce que ça produit

Trop de détenus.
Trop peu d'espace.
Trop peu d'attention.

La peine cesse d'être un temps de transformation. Elle devient uniquement une épreuve.

On y entre fragile.
On en sort souvent plus dur.
Parfois plus en colère.

Et cette colère ne s'éteint pas à la sortie. Elle continue.

 

2. Le problème n'est pas là où on vous le montre

Pourquoi enferme-t-on autant ?

Plusieurs mécanismes s'alimentent mutuellement.

Une politique pénale plus répressive - la prison est de plus en plus utilisée, y compris pour des délits mineurs.
Une détention préventive en hausse - davantage de personnes détenues avant même d'être jugées.
Des peines de plus en plus longues - prononcées par des juges convaincus que la sévérité dissuade.
Des alternatives sous-utilisées - bracelet électronique, probation, travaux d'intérêt général restent insuffisamment mobilisés.
Le poids des infractions liées aux stupéfiants - 60 % des détenus belges sont incarcérés pour ce type de faits.
Des malades mentaux en prison - 1 000 en Belgique, faute de place en hôpital psychiatrique.

Ces personnes n'ont rien à faire en prison. Elles ont besoin de soins  pas de cellules.

Beaucoup de détenus sont incarcérés parce qu’ils sont profondément précarisés. Construire plus de prisons ? On pourrait en ouvrir dix, cela ne poserait pas de problème. Mais elles se rempliraient inévitablement. C’est un cercle vicieux qui ne résout rien, bien au contraire.

Olivia NEDERLANDT
Professeure de droit pénal UCLouvain Saint-Louis Bruxelles

Le pénal comme réflexe

Dans Le Soir du 27 juin 2025, la professeure de droit pénal Olivia Nederlandt posait une question simple - et dérangeante.

Non pas : comment gérer la surpopulation ?
Mais : pourquoi en est-on arrivé là ?

Sa réponse tient en une inversion du regard.

Ce n'est pas la criminalité la plus grave qui explose.
C'est le recours au pénal qui s'étend.

De plus en plus de situations - parfois mineures - finissent devant un juge.

Le pénal devient réflexe. La prison devient un passage obligé.

Le cercle qui s'alimente

Plus d'incarcérations. Plus de surpopulation. Plus de dégradation. Plus de récidive. Encore plus d'incarcérations.

Plus on enferme - moins la prison tient sa promesse.

 

3. Ce que disent ceux qui voient

La Ministre belge de la Justice

Interrogée en janvier 2026 sur les conditions de détention, la Ministre Annelies Verlinden reconnaissait que la situation était intolérable - que les prisons ne pouvaient pas supporter une telle pression, ni pour le personnel, ni pour les infrastructures.

Elle allait plus loin - affirmant que le système actuel ne contribuait pas à la sécurité, mais alimentait au contraire les réseaux criminels.

"Les prisons sont aujourd'hui des usines à récidive, des bombes à retardement."

Aujourd'hui, nos prisons favorisent la récidive ; entasser toujours plus de monde n'est pas une garantie de sécurité, c'est même l'inverse.

Annelies VERLINDEN
Ministre de la Justice (Belgique)

Ce que la Ministre passe sous silence

Reconnaître n'est pas expliquer.
Et expliquer n'est pas assumer.

Car derrière le constat, un silence persiste.

On parle de places manquantes.
On parle de gestion des flux.
On parle d'infrastructures vétustes.

Mais on parle peu de ce qui remplit ces places.

On parle peu du recours massif à la prison.
Peu de l'allongement des peines.
Peu du durcissement des politiques pénales.

La question centrale reste en retrait :

Pourquoi enferme-t-on autant ?

Tant qu'elle reste sans réponse -
la surpopulation carcérale cesse d'être une crise à résoudre
pour devenir une situation à gérer.

Le Président d'AVOCATS.BE

En janvier 2026, le Président d'AVOCATS.BE exprimait sa stupéfaction face à la création de nouvelles infractions susceptibles d'être commises par les détenus - alors même que l'urgence absolue était de lutter contre la surpopulation.

Il décrivait le vécu quotidien de ses clients : matelas à même le sol, promiscuité dans des cellules sans séparation avec les sanitaires, absence de soins, suicides.

Et posait la question que tout le monde évite :

"Dans quel état physique et d'esprit pensez-vous que ces personnes sortiront de prison ?"

"La situation actuelle va, à l'évidence, à l'encontre du but qui devrait être poursuivi : réduire le risque de récidive."

 

"De qui se moque-t-on ?"

La surpopulation carcérale ?
Un mystère… en apparence.

On incarcère plus. Plus vite. Plus longtemps.
On enferme pour des faits mineurs.
On multiplie les détentions préventives.
On allonge les peines.
On libère moins.

Et l'on s'étonne que les prisons débordent.

La réponse d'une implacable cohérence :

Si ça déborde - c'est que, manifestement, ce n'est pas encore assez de prison.

 

4. La seule question qui compte vraiment

Changer de question

Non pas : comment construire plus de places ?

Mais : pourquoi enferme-t-on autant ?

Réserver la prison à ceux qui en ont besoin

Incarcérer moins - c'est incarcérer mieux.

Réserver la prison à ceux qui représentent un danger réel.
Développer sérieusement les alternatives — bracelet électronique, probation, travaux d'intérêt général.
Traiter les malades mentaux là où ils doivent l'être — en hôpital, pas en cellule.
Repenser la réponse aux infractions liées aux stupéfiants — en termes de soin plutôt que de sanction.

Une prison moins remplie est une prison plus efficace.

Il est crucial de réserver les places disponibles aux profils les plus dangereux.  Si on remplit les prisons avec toutes les courtes peines, on aura plus de place pour les autres.

Annelies VERLINDEN
Ministre de la Justice (Belgique)

Préparer la sortie - dès l'entrée

La surpopulation détruit ce qui devrait être le cœur de la détention - la préparation à la sortie.

Pas de formation possible.
Pas d'accompagnement réel.
Pas de projet de vie.

On ne transforme pas durablement un individu dans un lieu qui ne parvient même plus à l'accueillir dignement.

Ce qui suit nous implique directement. C'est là que réside notre pouvoir. Passionnant.

L'indifférence collective - notre part du problème

Quelle prison connaissez-vous ?

Celle des films ?
Des séries ?
Des titres de journaux ?

Une prison abstraite.
Lointaine.
Peuplée de silhouettes sans visage.

Ou celle-là -

Celle d'hommes et de femmes réels.
Avec leurs peurs.
Leurs doutes.
Leurs regrets.
Leurs espoirs - parfois.

Des êtres humains comme vous.
Comme moi.
Qui ont fait de mauvais choix.
Ou que la vie a mal orientés.

Avant de continuer - posez-vous la question.

La prison que vous imaginez ressemble-t-elle à celle que vivent ces hommes et ces femmes — chaque jour, chaque nuit ?

Ce que les caméras ne filment pas

Imaginez.

Une cellule prévue pour deux.
Occupée par quatre.

La nuit - des corps allongés à même le sol.
Pour aller aux toilettes - il faut les enjamber.

Des toilettes sans séparation.
Sans intimité.
Sous le regard des autres.

Le matin - se lever dans quelques centimètres carrés.
Sans espace.
Sans air.
Sans dignité.

Ce n'est pas une métaphore. C'est le quotidien de centaines de détenus - chaque nuit.

Et on s'étonne qu'ils sortent
convaincus que la société les méprise.

Ce qu'on fait à celui qui ne veut plus vivre

Un détenu tente de mettre fin à ses jours.

Il survit.

On pourrait imaginer qu'on l'entoure.
Qu'on l'écoute.
Qu'on cherche à comprendre.

On le met au cachot.

Ce n'est pas une rumeur.
Ce n'est pas une exception.

C'est ce qu'a récemment déclaré publiquement
le directeur d'une importante prison belge.

Dans un débat public.
Sans détour.

Un homme au bord du gouffre.
La réponse du système : l'isolement.

Cherchez l'erreur.

Ce que les réformes ne toucheront jamais

Nous avons parlé de murs. De places. De politiques pénales.

Mais il y a quelque chose de plus fondamental encore. Quelque chose que les réformes ne touchent pas. Quelque chose que la société fait - sans le savoir. Et qui aggrave tout.

Le regard que la société pose sur ceux qu'elle enferme.

Un regard d'indifférence dit : "tu n'es pas digne de notre attention."

Un regard de mépris dit : "tu es une mauvaise personne."

Ces messages sont reçus. Et ils produisent exactement ce qu'ils annoncent.

Car on finit toujours par devenir
ce que les autres voient en nous.

La surpopulation carcérale n'est pas seulement
un problème de murs et de places.

C'est aussi le reflet de ce que nous pensons
de ceux que nous enfermons.

Et tant que ce regard ne change pas - aucune réforme ne changera vraiment quoi que ce soit.

Ce que la société envoie - et reçoit

On croit que l'indifférence est neutre.
Elle ne l'est pas.

Si le sort de ceux qu'on enferme vous laisse indifférent -
pensez au moins à ce qui vous attend à leur sortie.

Un détenu ignoré.
Humilié.
Convaincu qu'il ne vaut rien aux yeux de la société.

Ce détenu sortira un jour.
Dans votre rue.
Dans votre quartier.

L'indifférence a un effet boomerang. Et il revient toujours.

Mais une société peut décider autrement.

Le choix nous appartient

Nous pouvons décider de regarder autrement. De nous intéresser. De considérer que ceux qui sont enfermés méritent mieux que notre mépris.

Une société qui relève ceux qu'elle punit est, en plus, une société qui se protège vraiment.

C'est ça, le courage politique.
Et il commence par un regard différent.

Des pays ont choisi autrement.
Ils ont décidé de regarder ceux qu'ils enfermaient
comme des êtres capables de changer.

Et ils ont changé.

Pas tous.
Pas toujours.
Mais suffisamment pour que la différence soit réelle -
mesurable -
et inspirante.

Ce choix est le mien. Et le vôtre, si vous le souhaitez.

_____

Ces idées vous interpellent ?  Découvrez leur auteur, Bruno GYSELS.

L'essentiel
  • La surpopulation carcérale n'est pas un problème de places - c'est le symptôme d'un choix.
  • Tant qu'on n'interroge pas pourquoi on enferme autant - la surpopulation est une fatalité organisée.
  • Notre part du problème est aussi notre part de la solution - si nous le voulons.
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