La surpopulation carcérale comme partie visible de l'iceberg.
La surpopulation carcérale Les prisons débordent !
L'enjeu de la surpopulation carcérale
Pour que la prison ait un sens, il faut que la personne détenue ressorte de la prison en allant mieux que quand elle est entrée. A défaut, la prison sert à aggraver la délinquance.
Dans les conditions actuelles de surpopulation carcérale, les détenus sortent de prison remplis de ressentiment à l'égard d'une société qui les a traité avec inhumanité.
C'est de la sorte que la criminalité est aggravée par la surpopulation carcérale (voire par l'emprisonnement lui-même).
Tel est l'enjeu.
D'abord, les chiffres de la surpopulation carcérale
En France, 85.000 personnes détenues pour 62.000 places, soit 135 % d'occupation (200 % dans certains établissements). Faute de lits disponibles, plusieurs milliers de détenus dorment chaque nuit sur un matelas placé à même le sol.
En Belgique, 13.700 personnes sont actuellement détenues alors que les prisons belges ne sont prévues que pour accueillir 11.000 détenu(e)s. Chaque nuit, 672 personnes dorment par terre.
En Suisse romande, le taux de suroccupation peut aller jusqu'à 166 %
"De qui se moque-t-on ?"
Sous le titre "De qui se moque-t-on ?", le Président de AVOCATS.BE a écrit le 22 janvier 2026 tout son étonnement d'avoir appris la création de nouvelles infractions susceptibles d'être commises par les détenus !
Il s'exprime dans les termes suivants :
Les bras m’en tombent ! N’est-ce pas faire montre d’un certain culot que diffuser cette information alors que l’urgence absolue est de lutter contre la surpopulation carcérale ?
(...)
Or, l’inflation carcérale est responsable de la surpopulation, et toute création d’infraction supplémentaire ne pourra avoir d’autres effets que de l’augmenter encore d’une part, et, d’autre part et surtout, avant d’attacher des effets juridiques à l’évasion, un Etat de droit se doit d’être lui-même irréprochable dans la manière dont il détient des êtres humains. Ceux-ci sont censés n’être privés que de leur liberté.
Ce même Président d'AVOCATS.BE poursuit comme suit :
« Quotidiennement, le vécu de nos clients nous glace : matelas à même le sol, promiscuité dans une cellule sans séparation avec les sanitaires, absence de soins, incarcération au cachot faute de place dans le cellulaire, et même suicides … » ; que « Même si l’on se place sur un plan purement sécuritaire, dans quel état physique et d’esprit pensez-vous que ces personnes détenues parce qu’elles n’ont pas respecté la loi, ou en sont soupçonnées, sortiront de prison ? et donc que « La situation actuelle va, à l’évidence, à l’encontre du but qui devrait être poursuivi : réduire le risque de récidive. »
Causes de la surpopulation des prisons
La surpopulation carcérale touche tant la France que la Belgique, la Suisse (surtout dans les cantons romands) et le Québec.
Particulièrement en Belgique et en France, les principales causes de la surpopulation sont les suivantes :
- Politique pénale plus répressive : l'emprisonnement est de plus en plus privilégié. Même pour des délits mineurs (surtout en France).
- Accroissement de la détention préventive : d'avantage de personnes subissent une détention provisoire (avant d'être jugées souvent plusieurs années plus tard).
- Allongement des peines : les Tribunaux prononcent des peines d'emprisonnement de plus en plus longues.
- Sous-utilisation des alternatives : les mesures alternatives à la prison (bracelets électroniques, probation, travaux d'intérêt général) sont sous-utilisées.
- Gestion des peines : rejet des libérations conditionnelles, des aménagements de peine et des demandes de grâce.
- Stupéfiants : nombre de personnes détenues le sont pour des infractions liées aux stupéfiants
Causes propres à la Belgique :
- Exécution des courtes peines : les courtes peines sont d'avantage exécutées qu'auparavant.
- Sans-papiers : Les condamnés sans statut migratoire régulier ou en attente d'extradition restent détenus plus longtemps.
- Santé mentale : de nombreux détenus n'ont pas leur place en prison étant donné que leur cas relève de la santé mentale
Les conséquences de la surpopulation carcérale sont la dégradation des conditions de vie (chaque nuit s'accroît le nombre des détenus obligés de dormir par terre), la promiscuité, la diminution des activités, etc ...
Ces conséquences ont elles-mêmes pour conséquence une augmentation de la violence (entre détenus ainsi qu'entre les agents et les détenus) et du ressentiment à l'égard de la société.
Dès lors, toutes les conditions sont remplies pour créer encore plus de récidive et, partant, de nouvelles incarcérations qui créeront à leur tour plus de récidive et ainsi de suite ...
Pourquoi l'emprisonnement est-il privilégié par les Juges ?
Pour de nombreux Juges, la reine des peines est l'emprisonnement. La seule peine capable de faire comprendre aux récidivistes qu'ils doivent rentrer dans le rang.
D'où vient cette croyance ?
Donnons la parlole à l'expérimenté avocat belge Marc NÈVE (président du Conseil central de surveillance pénitentiaire, "Comment réinventer la détention ? En travaillant sur la réinsertion", Le Soir, 15/02/2021) qui nous précise :
Le problème vient de la manière dont certains magistrats pensent que les peines vont être exécutées : je suis parfois dérouté en parlant avec eux, ils sont encore dans la croyance que les détenus sont presque systématiquement libérés au tiers de la peine alors que c’est loin d’être vrai. Rares sont en outre les magistrats qui connaissent la réalité carcérale. (...) J’en connais beaucoup qui n’ont jamais mis les pieds dans une prison. En France, quand des jurés sont sélectionnés pour des sessions d’assises, on commence par les emmener faire un tour en prison afin de les confronter, même superficiellement, à la réalité carcérale. C’est une nécessité.
Cédons à présent la parole au criminologue belge Philippe MARY (Philippe MARY, criminologue, professeur de politique criminelle et de pénologie à l'ULB, "Comment réinventer la détention ? En travaillant sur la réinsertion", Le Soir, 15/02/2021) qui nous indique :
On incarcère, mais il n’y a pas de perspectives, pas de réflexion, on met les problèmes les uns à côté des autres et depuis des décennies, ils font grosso modo tous la même chose… C’est un gaspillage de moyens financiers hallucinant, il faut voir le rapport de la cour des comptes sur le « master plan prison »… Ça va coûter très cher. Tous les spécialistes montrent que l’extension des prisons n’est pas la solution. Dans la prison de Dinant, 60 ou 70 % des détenus sont des petits toxicos… Vous vous retrouvez avec des gars qui sont là pour des infractions de roulage, des défauts d’assurance : on est en train de remplir les prisons avec des types qui n’y ont rien à faire ! La difficulté est que les juges ont tendance à penser que la prison est la seule vraie peine ; la solution est plus compliquée si l’on veut limiter la prison.
A la question de savoir comment explique-t-on ce « tout à la prison », Philippe MARY répond :
Dans les facultés de droit, on donne des cours de droit, pas autre chose. Quand mes élèves arrivent au cours de pénologie, ils ont des représentations de sens commun, pour eux la peine de prison semble la peine de référence. Il y a une faute claire et nette des facultés de droit, d’où sortent les magistrats.
La Ministre belge de la Justice
Ce que dit la Ministre belge de la Justice :
Interrogée le 24 janvier 2026 quant aux 600 détenus qui dorment à même le sol dans les prisons belges, la Ministre belge de la Justice, Annelies VERLINDEN, (" Annelies Verlinden (CD&V) et Vanessa Matz (Les Engagés) : « Nos prisons sont des bombes à retardement » ", Le Soir, 24/01/2026) déclare :
Ce que nous constatons, c’est qu’il y a environ 11.000 places dans nos prisons, mais seulement 9.000 qui répondent réellement aux normes en vigueur. Or, aujourd’hui, nous comptons plus de 13.400 détenus. Cela représente une surpopulation de plus de 2.400 personnes. Il faut impérativement agir. Enfermer des personnes sans garantir des conditions de détention humaines n’a aucun sens. Les prisons ne peuvent pas supporter une telle pression, ni pour le personnel, ni pour les infrastructures, ni pour le système dans son ensemble. C’est pourquoi nous devons avancer vers des solutions structurelles, responsables et durables.
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A la question de savoir quelles catégories de condamnés seraient concernées par la libération anticipée, la Ministre belge de la Justice, Annelies VERLINDEN, répond :
Nous souhaitons que les peines prononcées par les juges soient exécutées, car c’est le fonctionnement normal d’un système pénal crédible. Mais je ne peux pas créer de capacité carcérale là où elle n’existe pas. Une des solutions consiste donc à déterminer clairement qui doit être incarcéré : les personnes les plus dangereuses – terroristes, auteurs d’infractions sexuelles, violences graves ou intrafamiliales – sont celles contre lesquelles la société doit être protégée et qui doivent être en prison.
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A la question de savoir si elle craint des drames humains à court terme, la Ministre belge de la Justice, Annelies VERLINDEN, répond :
Bien sûr. Le système actuel ne contribue pas à la sécurité. Il ne fait qu’alimenter les réseaux criminels : les personnes qui entrent en prison continuent souvent leurs activités, ou renforcent les réseaux qu’elles ont créés pendant leur détention. Dans certaines prisons, plus de 60 % des détenus ont un lien avec la drogue, que ce soit par consommation ou par activité criminelle. Les prisons sont aujourd’hui des usines à récidive, des bombes à retardement.
Ce que ne dit pas la Ministre belge de la Justice :
Il est regrettable de constater que la Ministre belge de la Justice, Annelies VERLINDEN, passe sous silence la principale cause de la surpopulation carcérale. En effet et comme le précise la professeure de droit pénal Olivia NEDERLANDT (ajouter note en bas de page), "La vraie question, c'est : ne porte-t-on pas trop de dossiers devant le pénal ? Les nombre d'affaire a considérablement augmenté, alors que les infractions graves, comme les atteintes à l'intégrité physique, restent stables.".
A développer (memo).
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Question 1
Réponse 1
Question 2
Réponse 2
Question 3
Réponse 3

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