Faut-il accélérer la justice au risque d’appauvrir le procès ?
Les cercles vicieux Les identifier afin de s'en libérer
La justice pénale est prisonnière
Elle est enfermée dans des mécanismes qui se répètent, se renforcent et finissent par produire l’inverse de ce qu’ils promettent : plus de lenteur, plus d’incompréhension, plus d’inefficacité.
Ces cercles vicieux ne sont pas toujours visibles.
Mais ils sont à l’œuvre, en permanence.
Les identifier, c’est déjà commencer à comprendre pourquoi la justice peine à remplir sa mission.
Et, peut-être, trouver comment en sortir.
Sur cette page
- Le productivisme - une « justice d’abattage »
- La tentation de "tout régir" - l'Etat omniprésent
- Le manque d’humilité - l’illusion de tout maîtriser
- L’absence de priorités - tout traiter… sans hiérarchiser
Le productivisme
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Ou plutôt : "justice d’abattage".
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Des dossiers.
Des piles.
Des flux.
Des stocks.
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On compte.
On traite.
On évacue.
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Et au milieu ?
Des personnes.
Qui disparaissent derrière les chiffres.
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La justice devient une chaîne.
On juge plus.
Plus vite.
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Mais pas mieux.
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Le critère a changé.
Ce n’est plus la qualité.
C’est le rendement.
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Faire du chiffre.
Réduire les stocks.
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Peu importe ce qu’il y a dedans.
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Le juge est pris entre deux logiques.
Sa conscience.
Et les objectifs.
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Et, lentement, quelque chose se perd.
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Le temps d’écouter.
Le sens de juger.
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Parce que juger, ça prend du temps.
Mais le temps, ici, est devenu un problème.
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Alors on accélère.
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Et plus on accélère,
moins on comprend.
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Jusqu’à ce paradoxe.
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Une justice qui fonctionne…
mais qui ne sait plus vraiment
ce qu’elle fait.
Plongez dans le productivisme : cliquez sur un onglet.
« Une justice au bord de l'implosion »
Dans Le Monde diplomatique de mai 2021, Jean-Michel DUMAY constatait « Une justice au bord de l'implosion». Voici ce qu’il en dit :
" On fait du chiffre. Ce « juger plus », et plus vite, a toujours suscité de vifs commentaires. « La chaîne pénale évoque trop le travail à la chaîne, écrivait en 2010 Loïc Cadiet, professeur à l’école de droit de la Sorbonne, et le culte du taux de réponse pénale risque de rendre moins vive la nécessité d’une réponse pénale de qualité, qui ne se mesure pas à l’encombrement des prisons, mais à la réinsertion des condamnés."
" Avec les comparutions immédiates au pénal et les affaires familiales au civil, on fait du chiffre, reprend une autre juge, en Bretagne. C’est une vitrine. (...) « Le flux et le budgétaire sont aujourd’hui au cœur de l’activité judiciaire, estime M. Janas, à Lyon, qui regrette que « cela éloigne la justice de sa mission première, qui est d’apaiser les tensions sociales ». « Nous sommes entrés dans une vision budgétaire qui se désintéresse du contenu, sans méthode de gestion des ressources humaines. Cela épuise les troupes », ajoute Mme Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat Unité Magistrats (Force ouvrière). Le mouvement n’a pas de frontières : « L’indicateur statistique devient un prescripteur, il entraîne une dénaturation de l’office du juge », déplore Mme Manuela Cadelli, juge à Namur et figure syndicale en Belgique. De celui-ci, on ne prend en compte ni l’écoute, ni la qualité, ni la motivation, « toutes choses gazeuses que vous ne pouvez pas chiffrer, alors que l’usager, lui, exprime un autre besoin que du quantitatif."
« Nous sommes en tremblement de terre permanent. »
Jean-Michel DUMAY rapportait également les propos tenus par des cheffes de juridiction :
- " Le juge s’est retrouvé coincé entre le souci de voir ses piles diminuer et sa conscience, son éthique, son souci de la qualité. Cela a généré pas mal de souffrances. » Ne pas se laisser écraser par la gestion des stocks et des flux est un « combat quotidien. Juger, c’est forcément prendre du temps. dixit la Présidente Isabelle SEURIN du tribunal judiciaire Soissons."
- " Pression des réseaux sociaux (« où tout le monde s’assoit sur la présomption d’innocence », car la foule n’instruit pas mais exécute), mais aussi de la modernisation : « Nous sommes en tremblement de terre permanent » dixit la Première présidente de la cour d’appel d’Amiens, Mme Catherine Farinelli."
« Juger ou manager, il faut choisir. »
Véronique KRETZ est magistrate. Elle exerce les fonctions de juge d'instance à Montbéliard, Strasbourg et Haguenau.
Dans sa publication « Juger ou manager, il faut choisir » (Délibérée, n° 11, novembre 2020 ), Véronique KRETZ regrette : « la substitution d’un discours sur les fins - qu’est-ce qu’une bonne décision et comment y parvenir ? - par les moyens assignés à une unique fin - comment sortir le maximum de décisions ? ».
L’optimisation de la gestion des flux a permis là, pour reprendre le mot qui a couru, d’« évacuer » des dossiers (300 000 affaires en France ont été transférées aux tribunaux judiciaires), derrière lesquels, rappelle-t-elle, « se cachent des cohortes de personnes exclues du système, handicapées, aux carrières fragmentées et aux emplois précaires, pour qui la perte d’une rente d’accident du travail ou d’une pension d’invalidité peut être fatale ». (...) « Pour un juge, voir le justiciable presque comme un adversaire [parce qu’il ralentit la gestion du flux] mène aussi à une perte de sens des plus criantes. »
« Diviser par deux le stock de dossiers criminels » - Gérald DARMANIN
« Sur le seul critère du rendement »
Evelyne SIRE-MARIN est magistrate honoraire et membre de la Ligue des droits de l'homme (France).
Dans un article intitulé « La justice à contre-emploi » publié dans Le Monde diplomatique en avril-mai 2022,Evelyne SIRE-MARIN écrit :
« Même la justice est soumise à la vision technocratique du new public management (« nouvelle gestion publique »), comme d’ailleurs la police : les statistiques déterminent l’orientation des procédures et la carrière des magistrats, en fonction des stocks et des flux de dossiers, sur le seul critère du rendement, au détriment de la motivation et de la qualité des décisions. »
« Tous les choix orientés par une ligne gestionnaire »
Antoine GARAPON est magistrat.
Dans son livre « La Raison du moindre État. Le néolibéralisme et la justice » (Odile Jacob, Paris, 2010), André GARAPON écrit :
« D’où le divorce entre, d’une part, des politiques qui pensent les finances publiques en faisant abstraction de la spécificité de l’institution et, de l’autre, des professionnels qui ont choisi un métier (juger, soigner, enseigner) et qui voient tous les choix orientés par une ligne gestionnaire ».
« Diviser par deux le stock de dossier criminels »
Pas plus tard que le 9 février 2026, le Garde des Sceaux écrivait sur Facebook : "J'ai mis en place des mesures indispensables pour juger rapidement les affaires criminelles. (...) Notre objectif est clair : diviser par deux le stock de dossier criminels". Sécuritaire, quand tu nous tiens.
Un cercle vicieux.
La justice s’enfonce…
en se nourrissant elle-même.
Il faut d’abord le voir pour le briser.
La tentation de "tout régir"
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L'Etat omniprésent
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Toujours plus de lois.
Toujours plus de règles.
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On empile.
Sans s’arrêter.
Sans mesurer.
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La justice gonfle.
Comme la grenouille.
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Jusqu’à l’excès.
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Réformes sur réformes.
Normes sur normes.
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Personne ne suit vraiment.
Ni les moyens.
Ni les conséquences.
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Mais on continue.
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On poursuit tout.
Même le moindre fait.
On durcit.
Encore.
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Et on s’étonne.
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Prisons pleines.
Justice saturée.
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Ce n’est pas la réalité qui déborde.
C’est le système qui veut tout prendre.
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Tout régir.
Tout contrôler.
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Comme si c’était possible.
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Alors les attentes montent.
Trop haut.
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Et avec elles,
les frustrations.
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Parce qu’une justice qui promet tout…
finit par ne plus tenir grand-chose.
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Un peu de légèreté, pour commencer !
La justice pénale a un appétit.
Un très bel appétit.
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Elle veut tout.
Les grands crimes, bien sûr.
Mais aussi les petits.
Et les très petits.
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Et l’État, lui, adore cuisiner.
Une règle pour ceci.
Une loi pour cela.
Un décret pour le reste.
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Rien ne doit rester sans recette.
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Un vol.
Un excès de vitesse.
Un mot de travers.
Tout est prévu.
Tout est encadré.
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Alors la justice mange.
Encore.
Et encore.
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Jusqu’à l’indigestion.
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Et pendant qu’elle digère mal…
l’État écrit déjà le menu suivant.
« La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf »
Comme « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf » de Jean de LA FONTAINE, la justice pénale « s'enfla si bien qu'elle creva. »
Sous le titre « Omnipotence de la communication », Jean-Michel DUMAY (« Une justice au bord de l'implosion », Le Monde diplomatique, mai 2021) écrit :
- « L’accumulation des textes législatifs adoptés ces dernières années en matière judiciaire en laisse en effet plus d’un dans un état de sidération. »
- « Aucun autre corps n’a fait face à autant de réformes depuis vingt ans, ni assimilé une telle inflation de normes, constate M. François MOLINS, procureur général près la Cour de cassation. »
- « L’exécutif ne s’embarrasse plus vraiment d’étudier l’impact des mesures qu’il fait voter, notamment en termes d’effectifs nécessaires à leur mise en œuvre. Pas plus qu’il ne semble s’inquiéter de ce qu’elles peuvent produire.»
« La poursuite systématique de petites infractions par les Parquets »
Dans un aticle intitulé « La justice à contre-emploi » (Le Monde diplomatique, avril-mai 2022), la magistrate honoraire Evelyne SIRE-MARIN écrit :
« Si la France fait partie, avec la Turquie, des cinq États parmi les quarante-sept membres du Conseil de l’Europe à afficher la densité carcérale la plus élevée, ce n’est pas lié à l’évolution de la délinquance. C’est le résultat de la poursuite systématique de petites infractions par les parquets, de la suppression - de fait - des lois d’amnistie, ainsi que du durcissement continu des peines.
Parce qu'elle refuse de prendre en compte de manière réaliste la limitation de ses moyens d'action, la justice pénale croit pouvoir « tout régir ». Avec les inévitables frustrations qu'entraînent les attentes irréalistes. »
Le Manque d'humilité
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L'illusion de tout maîtriser.
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Un mal discret.
Mais tenace.
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Chacun voit les failles.
Les dénonce.
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Mais personne ne doute vraiment.
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Les certitudes tiennent.
Malgré le réel.
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L’institution se félicite.
Parle d’idées.
De progrès.
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Pendant que le terrain se dégrade.
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Déconnexion.
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Certains expliquent.
D’autres subissent.
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À l’audience, parfois, on corrige.
On hausse le ton.
On sermonne.
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Comme si humilier faisait comprendre.
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Alors que comprendre
demande autre chose.
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Du calme.
De l’écoute.
Du respect.
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Heureusement, il y a des exceptions.
Celles qui savent.
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Que juger, ce n’est pas écraser.
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Les avocats, eux, peuvent.
Parler librement.
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Encore faut-il oser.
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Et la police ?
Elle peut contraindre.
Mais aussi accompagner.
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Fermeté n’exclut pas l’humanité.
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Au fond, tout est là.
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Moins de certitudes.
Plus de lucidité.
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Parce qu’une justice sans humilité
finit par ne plus voir
ce qu’elle fait.
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Magistrats
Magistrats
À l’audience, certains magistrats ont trouvé une méthode.
Simple.
Directe.
Efficace… en apparence.
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On élève la voix.
On sermonne.
On recadre.
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Parfois longuement.
Parfois devant tout le monde.
Parfois devant la famille.
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C’est pédagogique, paraît-il.
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L’idée est séduisante :
humilier un peu…
pour faire réfléchir beaucoup.
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On imagine déjà l’effet.
Le prévenu, touché en plein cœur,
rentre chez lui transformé.
Lucide.
Responsable.
Reconstruit.
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Étrangement, la réalité est moins convaincante.
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Parce qu’en pratique,
on obtient surtout :
du malaise,
du repli,
et parfois un peu de colère.
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Mais bon.
Il faut bien faire passer le message.
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Heureusement, il y a des exceptions.
Des magistrats qui parlent sans écraser.
Qui expliquent sans humilier.
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Et là, surprise :
on comprend mieux.
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Comme quoi,
le respect n’empêche pas la fermeté.
Mais il change tout le reste.
Avocats
Avocats
Que je vous aime…
Quand vous plaidez.
Vraiment.
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Pas quand vous lisez.
Pas quand vous résumez.
Pas quand vous vous excusez presque d’être là.
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Quand vous plaidez.
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Parce que, oui, ça arrive.
Parfois.
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On voit alors apparaître quelque chose de rare :
une stratégie,
une voix,
une conviction.
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Rassurez-vous.
Personne ne vous demande d’être Jacques Vergès, Robert Badinter, Éric Dupond-Moretti ou Seydi BA (vous ne le connaissez pas encore mais cela ne saurait tarder !).
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On vous demande juste d’être… avocat.
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C’est déjà beaucoup.
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Parce que vous avez un privilège.
Rare.
Presque suspect.
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La liberté de parole.
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Une liberté réelle.
Entière.
Et, étrangement… parfois peu utilisée.
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Comme si elle faisait peur.
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Alors vous contournez.
Vous atténuez.
Vous lissez.
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Dommage.
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Parce que votre rôle n’est pas décoratif.
Il n’est pas accessoire.
Il est essentiel.
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Vous êtes là pour déranger.
Pour contester.
Pour défendre.
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Bref.
Pour être courageux.
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Et ça,
ça ne se lit pas.
Ça se fait.
Policiers
Mais que fait la police ?
On se pose souvent la question.
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Parfois sur un ton inquiet.
Parfois sur un ton agacé.
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Et puis, parfois…
on voit.
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Un policier qui prend le temps.
Qui parle.
Qui explique.
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Qui ne se contente pas d’agir.
Mais qui comprend.
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Oui, ça existe.
Et, soyons honnêtes,
ça surprend presque.
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On s’attend à de la fermeté.
On découvre du respect.
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Prendre soin, ce n’est pas être naïf.
Ce n’est pas fermer les yeux.
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C’est faire le travail.
Mais sans écraser.
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Avec un peu de pédagogie.
Un peu d’empathie.
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Rien d’extraordinaire.
Juste… professionnel.
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Et pourtant, quand ça arrive,
on s’en souvient.
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Comme quoi,
l’autorité n’a jamais perdu à être humaine.
L'absence de priorités
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Tout traiter... sans hiérarchiser.
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Tout se vaut.
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Un excès de vitesse.
Un vol à l’étalage.
Un viol.
Un mort sur la route.
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Sur le papier, non.
Dans la réalité, si.
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Parce que tout commence au Parquet.
C’est là qu’on fixe.
Qu’on décide quand.
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Et là, déjà, quelque chose se joue.
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Les délais tombent.
Les mêmes.
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Peu importe.
La gravité.
Les antécédents.
Le risque.
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Un dossier en vaut un autre.
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Quelques mois.
Toujours les mêmes.
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Un jour d’audience.
Une liste.
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On appelle.
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Un excès de vitesse.
Puis un vol.
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Et puis…
Un viol.
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Même salle.
Même attente.
Même délai.
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Comme si le temps judiciaire
ne faisait pas de différence.
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Comme si tout pouvait attendre pareil.
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Mais la réalité ne fonctionne pas ainsi.
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Certains faits exigent.
D’autres tolèrent.
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Et quand tout est traité pareil,
rien n’est vraiment pris au sérieux.
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Le Parquet organise.
Mais n’arbitre plus.
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Alors la justice avance.
À plat.
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Sans priorité.
Sans hiérarchie.
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Et, au bout,
une impression tenace :
que tout se traite…
sans vraiment se distinguer.
Plongez dans l'absence de priorités : cliquez sur un onglet.
Le Parquet
L’absence de priorité : le renoncement
Il faut appeler les choses par leur nom.
Le Parquet ne hiérarchise plus.
Et en ne hiérarchisant plus, il abdique.
Car une justice qui ne choisit pas ce qui compte
est une justice qui renonce à sa mission.
Tout est traité, dit-on.
En vérité, tout est dilué.
Les dossiers s’accumulent, s’étirent, se perdent.
Les affaires graves attendent leur tour derrière l’insignifiant.
L’urgence se dissout dans la masse.
Ce n’est pas un dysfonctionnement.
C’est une faute.
Une faute de méthode, d’abord :
refuser de prioriser, c’est organiser l’engorgement.
Une faute de responsabilité, ensuite :
car ne pas choisir, c’est encore choisir —
choisir de laisser le système décider à sa place.
Et ce système décide mal.
Lentement. Aveuglément.
Alors il faut le dire, clairement :
une justice sans priorités n’est plus une justice.
C’est une mécanique qui s’auto-entretient,
un cercle vicieux où l’accumulation remplace la décision,
où le volume tient lieu de politique,
où l’on finit par perdre de vue l’essentiel.
Et lorsqu’une institution perd de vue l’essentiel,
ce n’est plus seulement son efficacité qui est en cause —
c’est sa légitimité.
Le Juge
L’absence de priorité : la contrainte acceptée
Les juges ne choisissent ni les dossiers, ni le calendrier.
Ils héritent.
D’un flux imposé.
D’une urgence permanente.
D’un désordre qu’ils n’ont pas créé.
Mais à force de tout absorber, sans hiérarchie,
ils finissent par le prolonger.
Tout est traité.
Tout prend du temps.
Et l’essentiel se dissout dans la masse.
Ce n’est pas une faute individuelle.
C’est une dérive systémique.
Mais une justice qui s’adapte au désordre
sans jamais le contester
finit par le valider.
Et lorsque juger consiste seulement à suivre le flux,
ce n’est plus la justice qui décide.
C’est le système qui pense à sa place.
Les politiques
L’absence de priorité : la responsabilité politique
Ni les juges, ni le Parquet ne fixent les priorités.
Ils exécutent.
Les priorités, elles, devraient être définies par le pouvoir politique.
Le Parlement légifère sans relâche.
Les ministres de la Justice promettent, annoncent, empilent des réformes — au gré des urgences et des cycles médiatiques.
Mais ils ne tranchent pas.
Aucune ligne claire.
Aucune hiérarchie assumée.
Aucun renoncement.
Tout est déclaré prioritaire.
Donc plus rien ne l’est.
Ce désordre n’est pas subi.
Il est organisé.
Organisé par ceux qui refusent d’arbitrer,
mais exigent que tout soit traité.
La justice, elle, exécute l’injonction impossible.
Et lorsque le politique exige tout sans choisir,
il ne gouverne plus la justice :
il la met en échec.
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