Le directeur de la prison démissionne. Les matelas restent au sol. Et maintenant ?
Les solutions Pas des utopies. Des choix déjà faits - ailleurs.
D'autres l'ont fait. Pourquoi pas nous ?
Des solutions existent. Elles sont documentées. Des pays les ont appliquées. Elles fonctionnent. Alors pourquoi ne les applique-t-on pas ?
Parce qu'entre savoir ce qu'il faut faire - et le faire - il y a un monde. Ce monde s'appelle la résistance au changement. L'habitude. Le manque de temps. La peur.
Cette page ne l'ignore pas. Elle l'affronte.
Pour en saisir toute la portée - deux pages à lire d'abord (si ce n'est déjà fait) :
Le Constat
Les Causes
Molière se moquait des médecins qui croyaient qu’il suffisait de saigner pour guérir. Qui se moquera de nous d’avoir cru qu’il suffisait d’enfermer les "méchants" pour les guérir ?
En Norvège, le taux de récidive à chuté de 70 à 20 % !
Dans les années 1980, la Norvège affichait un taux de récidive proche de 70 % - comparable au nôtre aujourd'hui.
Le pays a tout changé. Pas l'intensité des peines - leur logique.
Principe de normalité : la prison retire la liberté. Rien d'autre. Le détenu garde ses droits - soins, formation, travail - fournis par les services publics ordinaires, les mêmes qu'à l'extérieur. Pas un régime à part, conçu et géré par l'administration pénitentiaire.
Autre principe clé : la sécurité dynamique. Plutôt que de miser sur les murs, les barreaux et la surveillance à distance, le personnel construit une relation humaine avec les détenus - ce qui permet de détecter les tensions avant qu'elles n'éclatent, et prépare, jour après jour, le retour à une vie normale.
À Bastøy - une île au sud d'Oslo, fermes, ateliers, personnel non armé - les détenus en fin de peine vivent dans des conditions proches de la vie civile. L'accent est mis sur la réinsertion en tranmettant le sens du respect, du vivre ensemble ainsi que le goût du travail. L'importance du regard sur soi y est aussi appris. Le taux de récidive y tombe à 16 %, le plus bas d'Europe.
Résultat global pour le pays : environ 20 % de récidive, contre plus de 65 % chez nous.
Pas une utopie. Un pays qui avait notre problème - et qui a changé de méthode.
Une erreur de cible - et une erreur de méthode
Imaginez un médecin qui prescrit des médicaments. Beaucoup de médicaments. De plus en plus de médicaments.
Sans poser de diagnostic. Sans chercher les causes. Sans vérifier si les médicaments fonctionnent.
En mesurant son efficacité au nombre d'ordonnances rédigées. Pas à la guérison des patients.
On appellerait ça une faute médicale.
C'est pourtant exactement ce que fait la justice pénale.
Elle prescrit des peines. Sans jamais diagnostiquer ce qui produit les infractions. Sans vérifier si les peines fonctionnent.
65 % des détenus récidivent.
Ce chiffre n'est pas le signe d'une justice trop douce. C'est le signe d'une justice qui se trompe de cible. Et de méthode.
Frapper fort - sans frapper juste - ne protège pas. Ça occupe. Et ça coûte cher. En argent. En récidive. En nouvelles victimes.
Une justice efficace ne frappe pas plus fort. Elle frappe juste. Et pour frapper juste - elle doit d'abord comprendre.
Les solutions - et leurs obstacles
1. Changer de boussole
L'obstacle
La justice est évaluée à sa sévérité. C'est simple. C'est visible. C'est politiquement rentable.
Changer ce critère - c'est admettre qu'on se trompait depuis longtemps. Aucune institution n'aime ça.
La solution
Mesurer la justice à ce qu'elle produit vraiment.
Taux de récidive par type de peine. Taux de satisfaction des victimes. Taux de réinsertion.
Au Québec - le Directeur des poursuites criminelles et pénales évalue les résultats non pas sur le nombre de condamnations mais sur l'impact réel des décisions sur la sécurité publique.
C'est possible. C'est fait. C'est refusé chez nous.
Un médecin qui refuse de mesurer l'efficacité de ses traitements serait jugé incompétent.
Pourquoi en irait-il autrement pour la justice ?
2. Poser le bon diagnostic - avant de prescrire
L'obstacle
La justice voit l'acte. Elle sanctionne l'auteur. Elle passe à autre chose.
Sans jamais demander : Qu'est-ce qui a produit cet acte ? Qu'est-ce qui pourrait empêcher qu'il se répète ?
Un médecin qui prescrit sans diagnostiquer soigne les symptômes - pas la maladie.
La justice fait exactement ça.
La solution
Intégrer systématiquement dans le processus judiciaire une évaluation des causes individuelles et sociales de l'infraction.
Pas pour excuser. Pour comprendre - et agir là où ça compte.
Au Québec - la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents impose que le tribunal prenne en compte les causes de l'infraction avant de prononcer une décision.
La réhabilitation prime sur la punition. Les résultats sur la récidive juvénile sont significativement meilleurs qu'en Europe occidentale.
Un bon diagnostic précède toujours un traitement efficace. En médecine - et en justice.
3. Redonner du temps - vraiment
L'obstacle
Le juge a vingt minutes par dossier. Parfois moins.
Un médecin qui consulte vingt patients à l'heure ne pose pas de diagnostic. Il prescrit - vite, par réflexe, sans comprendre.
C'est exactement ce qu'on demande au juge.
La vérité simple que personne ne veut dire :
On traite trop de dossiers. Il faut en traiter moins - et mieux.
La solution
Réduire le flux - pas l'accélérer.
En Suisse - la réforme du code pénal de 2007 a supprimé les courtes peines d'emprisonnement inférieures à six mois au profit de peines alternatives.
Résultat : Le nombre de détenus a diminué. Les ressources libérées ont été réorientées vers la réinsertion. La criminalité n'a pas augmenté.
Cette vérité - la Suisse l'a démontré. Depuis 2007. On n'a pas regardé.
4. Prioriser selon la dangerosité - et viser la qualité de la réponse
L'obstacle
Quand on priorise - on ne le fait pas selon la dangerosité réelle. On le fait selon la facilité. Selon ce qui produit des chiffres rapidement.
Un magistrat me l'a récemment confié : "Je me sens plus comptable que juge."
En Belgique, 60 % des détenus sont incarcérés pour des infractions liées aux stupéfiants - majoritairement des petits revendeurs - pendant que les têtes de réseaux restent largement hors de portée.
On remplit les prisons. On produit des statistiques rassurantes. On ne protège pas vraiment.
Un médecin qui traiterait les rhumes en priorité pendant que ses patients cancéreux attendent - serait considéré comme dangereux.
Pourquoi accepte-t-on l'équivalent en justice ?
La solution
Deux exigences - indissociables.
Prioriser selon la dangerosité réelle.
La criminalité organisée avant la petite délinquance. Les infractions graves avant les infractions mineures. Les récidivistes dangereux avant les petits délinquants.
À Montréal - l'approche face aux gangs de rue concentre la répression sur les leaders des réseaux - pas sur les exécutants. Les résultats sur la réduction de la violence sont documentés et significatifs.
Viser la qualité de la réponse - pas sa quantité.
Évaluer les magistrats sur l'impact réel de leurs décisions - pas sur le volume. Supprimer les objectifs chiffrés qui poussent à l'expédition. Valoriser la réflexion - pas la vitesse.
Une réponse judiciaire de qualité vaut infiniment mieux que cent réponses bâclées.
Frapper juste - pas fort. C'est ça, l'efficacité.
Un juge qui prononce des peines sans comprendre ce qu'elles produisent, ce n'est pas un juge. C'est un distributeur automatique de sanctions !
5. Former - vraiment
L'obstacle
Un juge prononce des peines d'emprisonnement sans jamais avoir mis les pieds dans une prison.
Il condamne des personnes souffrant d'addictions sans comprendre ce qu'est une addiction.
Un juge qui prononce des peines sans comprendre ce qu'elles produisent - ce n'est pas un juge. C'est un distributeur automatique de sanctions.
La solution
Rendre obligatoire une formation continue des magistrats sur ce que leurs décisions produisent - pas sur les textes de loi.
Visites obligatoires en prison. Formation en criminologie et psychologie criminelle. Analyse des taux de récidive des personnes condamnées.
Au Québec - la formation initiale des juges intègre des modules de criminologie appliquée et confronte les futurs magistrats à la réalité carcérale.
Un juge qui sait ce que ses décisions produisent décide différemment.
6. Dépénaliser - ce que personne n'ose dire
L'obstacle
60 % des détenus belges sont incarcérés pour des infractions liées aux stupéfiants ou souffrent de troubles psychiatriques graves.
Ces personnes n'ont rien à faire en prison.
Elles ont besoin de soins - pas de cellules.
Incarcérer un toxicomane soulage l'opinion publique. Ça ne guérit pas l'addiction.
La solution
Traiter l'addiction comme un problème de santé publique.
Le Portugal a dépénalisé l'usage de toutes les drogues en 2001. Les résultats - publiés par l'EMCDDA - sont sans appel :
Décès par overdose : - 80 %. Contaminations au VIH liées à l'injection : divisées par dix. Personnes incarcérées pour usage : chute drastique.
En Suisse - les programmes de traitement de l'héroïnomanie par prescription médicale contrôlée montrent une réduction significative de la criminalité liée aux drogues et une amélioration de l'état de santé des participants.
Soigner - là où d'autres incarcèrent. Les résultats parlent d'eux-mêmes.
Et transférer les malades mentaux vers les hôpitaux psychiatriques - c'est une obligation légale que la Belgique viole quotidiennement.
7. Mesurer - ce qu'on refuse de mesurer
L'obstacle
On mesure le nombre de condamnations. On ne mesure pas le nombre de récidives évitées.
On mesure la sévérité des peines. On ne mesure pas leur efficacité.
On refuse de mesurer ce qui dérangerait. Parce qu'on sait ce que les chiffres diraient.
La solution
Créer une instance indépendante chargée d'évaluer l'efficacité réelle de la politique pénale. Obligée de publier ses résultats annuellement.
Au Québec - le ministère de la Sécurité publique publie annuellement des statistiques détaillées sur la récidive par type de peine et par profil de condamné. Ces données alimentent directement la politique pénale.
Ce que vous ne mesurez pas - vous ne pouvez pas l'améliorer.
8. Remettre la victime au centre - vraiment
L'obstacle
On parle de la victime. On décide pour elle. On légitime les peines en son nom.
Mais on ne lui demande pas ce dont elle a besoin.
La solution
Développer massivement la justice restaurative - comme composante centrale du système judiciaire.
Au Québec - les Centres de services de justice réparatrice montrent des taux de satisfaction des victimes nettement supérieurs à ceux de la voie pénale classique.
En France - la loi de 2014 a introduit la justice restaurative à tous les stades de la procédure. Le cadre légal existe. Les moyens - pas encore.
Ces expériences montrent que ça fonctionne. Il manque la volonté de généraliser.
Un système - pas une liste
Ces solutions ne fonctionnent pas une par une.
Dépénaliser réduit le flux. Réduire le flux redonne du temps. Le temps permet de poser un vrai diagnostic. Le diagnostic permet de comprendre les causes. Comprendre les causes permet de frapper juste - pas fort. Frapper juste réduit la récidive.
Chaque solution est une porte. Ouvrez-en une - les autres s'entrouvrent.
Et si aucune porte n'est ouverte - on continuera à construire des prisons. À les remplir. À s'étonner que ça ne change rien.
La conclusion qui n'en est pas une
On peut continuer à empiler des réformes. À durcir les peines. À accélérer encore. À inaugurer des prisons.
Ou accepter une évidence que Libérons la Justice pose depuis le début :
La justice ne rate pas sa cible par manque de sévérité. Elle vise à côté. Parce qu'elle ne pense qu'à frapper fort.
Elle a besoin de changer radicalement de méthode.
Ce n'est pas révolutionnaire de le dire. C'est élémentaire.
Alors pourquoi ne le fait-on pas ?
Parce que quelque chose de plus profond et de plus dérangeant nous en empêche.
C'est ce que j'explique - et ce que j'ose dire.
Ce quelque chose de plus profond - le voici.
Pourquoi ça résiste ?
Ce n'est pas la question que pose le débat public.
Le débat public demande : "punit-on assez ?"
Moi - je pose une autre question. Pourquoi ne fait-on pas ce que d'autres savent faire et qui fonctionne ?
Parce que punir est visible - et réformer ne l'est pas
Construire une prison - ça se voit. Annoncer des peines plus lourdes - ça s'entend. Afficher la fermeté - ça rassure.
Investir dans la prévention - ça ne fait pas la une. Développer la justice restaurative - ça n'impressionne pas. Former les magistrats à la criminologie - ça ne fait pas les gros titres.
J'ai vu des ministres de la Justice annoncer des réformes courageuses. Et disparaître à l'élection suivante. Leurs réformes avec eux.
La politique pénale obéit à une logique de visibilité. Ce qui est visible est fait. Ce qui est efficace - rarement.
Parce que changer dérange
Les solutions que je propose ne sont pas des ajustements techniques.
Ce sont des changements de paradigme.
Changer de boussole - c'est admettre qu'on s'est trompé. Remettre la victime au centre - c'est reconnaître qu'elle ne l'était pas vraiment. Sortir du pilotage par le volume - c'est accepter de mesurer autrement.
J'ai plaidé devant des juges qui savaient. Qui savaient que leur décision ne changerait rien. Qui la prononçaient quand même. Parce que le système ne leur offrait pas d'autre choix. Parce que le courage institutionnel est rare. Parce que l'habitude protège - même quand elle nuit.
Admettre qu'on s'est trompé est difficile. Pour un individu - c'est humain. Pour une institution - c'est presque insurmontable. Pour un système entier - c'est considéré comme du suicide.
Et pourtant - c'est exactement ce qu'il faudrait faire.
Parce que les résistances sont puissantes
Les réformes sont proposées par ceux qui ont été formés dans le système. Elles sont évaluées par ceux qui bénéficient du système. Elles sont validées par ceux qui croient au système.
J'en fais partie - en un sens. Je suis formé par ce système. Je le connais de l'intérieur. Et je sais combien il est difficile de le remettre en cause quand on y a consacré sa vie.
C'est précisément pour ça que je le fais. Parce que quelqu'un doit le faire. Et que se taire - c'est cautionner.
Un système ne se réforme pas lui-même. Surtout quand ceux qui pourraient le remettre en cause sont aussi ceux qui en vivent.
Parce que la société n'exige pas encore ce changement
Tant que les citoyens évaluent la justice à sa sévérité - les politiques continueront de promettre la sévérité.
Tant que les médias titrent sur l'indulgence des juges - les juges continueront de craindre d'être trop indulgents.
Tant que personne ne mesure la récidive - personne ne sera tenu responsable de la récidive.
C'est le cercle le plus pervers de tous. Chacun attend que l'autre bouge. Personne ne bouge. Et les victimes continuent à payer.
C'est pour ça que ce site existe. Pas pour convaincre les politiques. Pas pour convaincre les magistrats.
Pour convaincre les citoyens qu'ils ont le pouvoir d'exiger autre chose. Et qu'ils ne l'utilisent pas encore.
Ce que je pense - sans détour
J'ai plaidé pendant trente ans.
J'ai vu des réformes arriver - et disparaître. J'ai vu des bonnes volontés s'épuiser contre les résistances. J'ai vu des solutions documentées rester dans les tiroirs. J'ai vu des victimes déçues. J'ai vu des auteurs récidiver. J'ai vu le même système produire les mêmes résultats - et s'étonner que rien ne change.
Ce n'est pas du fatalisme. C'est un constat. Un constat qui exige une réponse.
Les solutions existent. La question n'est plus de les trouver. C'est de décider - enfin - de les appliquer.
Mais décider - cela suppose que quelqu'un exige. Que les citoyens exigent. Que les victimes exigent. Que ceux qui ont souffert de l'échec du système exigent.
Ce site est cette invitation. À vous. Maintenant. Pas demain.
_____
Mon regard croise le vôtre ? Allons plus loin ensemble.
- Changer de boussole ne signifie pas renoncer à punir - cela signifie mesurer la justice à ce qu'elle produit réellement.
- Les obstacles sont réels. Ils ont un nom : l'habitude, la peur, le calcul politique. Ils n'ont aucune excuse. Ils méritent d'être nommés et affrontés.
- Une justice qui protège durablement n'est pas une utopie. C'est un objectif. D'autres l'ont atteint. Pourquoi pas nous ?
Le parcours est complet.
Vous avez vu le constat. Compris les causes. Découvert les solutions.
Mais la réflexion ne s'arrête pas là.
La question qui a tout déclenché - Et si tout partait d'une erreur ?
Ouvrez les serrures - Les clés cachées
Pourquoi rien ne change - L'entre-soi du monde judiciaire

Partager ce contenu