Lyhanna. La vraie défaillance.

Ce n'est pas celle qu'on croit.

Lyhanna. La vraie défaillance. Ce n'est pas celle qu'on croit.

Guillotiner Barella si vous voulez. Le prochain est déjà à l'affût.

La colère est légitime. Elle vise à côté. Et ça coûtera la vie à d'autres enfants.

Les pédophiles vous disent merci. Pas leurs futures victimes.

Lyhanna. L'erreur de cible.

La France s'est arrêtée. Le nom d'une fillette de 11 ans a tout envahi - les médias, les réseaux, les tribunes parlementaires. La colère est réelle. La douleur est légitime.

Mais la colère, quand elle vise à côté, ne protège personne.

Le débat qui passe à côté

Depuis la découverte du corps de Lyhanna dans un silo à grains du Gers, un seul récit domine : la justice a failli. Un magistrat a classé. Un gendarme n'a pas bougé. Une plainte a dormi dans un tiroir. Darmanin a laissé faire. Il faut des sanctions. Il faut des moyens. Il faut une loi nouvelle.

Tout cela est peut-être vrai. Rien de tout cela n'aurait sauvé Lyhanna.

Parce que la vraie question n'est pas : pourquoi Jérôme Barella n'a-t-il pas été arrêté plus tôt ? La vraie question est : si Barella avait été arrêté plus tôt, qu'aurait-on fait de lui ?

La réponse est connue. On l'aurait jugé. Condamné, peut-être. Emprisonné, un temps. Puis relâché. Comme les autres. Avec, au mieux, une injonction de soins que personne n'aurait réellement contrôlée.

Et il aurait recommencé.

Ce que personne ne veut dire

La pédophilie est une maladie mentale. Pas une opinion. Pas une posture militante. Un fait clinique, reconnu, documenté par des décennies de psychiatrie et de criminologie.

On ne corrige pas une maladie mentale avec une peine de prison. On ne la fait pas disparaître avec une condamnation, même sévère. On ne la neutralise pas avec un fichier de délinquants sexuels mal tenu.

On la traite. Médicalement. Durablement. Sous contrainte si nécessaire.

C'est là que le système échoue - pas dans le classement d'une plainte, pas dans le manque de magistrats. Dans son refus absolu de penser la pédocriminalité pour ce qu'elle est : un trouble qui exige une réponse thérapeutique, pas seulement pénale.

Le confort de la punition

Pourquoi ce refus ? Parce que traiter médicalement un pédophile, ça dérange. Ça heurte l'instinct de punition. Ça semble indécent face à la souffrance des victimes. Ça prive la société de sa catharsis collective.

Alors on punit. Fort. Et on recommence.

65 % des détenus récidivent. Ce chiffre vaut pour toutes les infractions. Pour les crimes sexuels sur mineurs, il ne dit pas autre chose : la prison seule ne change rien à ce qu'une personne est. Elle suspend. Elle n'efface pas.

Pendant ce temps, le prochain Barella est déjà là. Inconnu des services. Non suivi. Non traité. À l'affût.

Je suis sans illusion sur la nature humaine.  Mais c'est précisément parce que c'est une victoire de l'homme sur lui-même, sur ce qu'il porte de pire en lui que la cause de l'abolition est si importante.

Robert BADINTER

Ce que réformer veut vraiment dire

Réformer la justice dans l'affaire Lyhanna, ce n'est pas doubler le nombre de magistrats - même si c'est nécessaire. Ce n'est pas sanctionner une procureure - même si les fautes doivent être nommées. Ce n'est pas voter une loi de plus sur les violences sexuelles - même si les lacunes juridiques existent.

C'est accepter une vérité que la société française - comme la société belge - refuse depuis des décennies : punir ne suffit pas à protéger.

Protéger, c'est identifier les prédateurs sexuels pour ce qu'ils sont. C'est imposer une prise en charge psychiatrique réelle, contrainte, évaluée. C'est construire un suivi qui ne s'arrête pas à la sortie de prison. C'est cesser de croire que la sévérité de la peine remplace l'efficacité du traitement.

Lyhanna mérite mieux que notre colère. Elle mérite que nous changions enfin de logique.

Ce que font les pays qui protègent vraiment leurs enfants.

La pédophilie se traite. Les chiffres le prouvent.

L'affaire Lyhanna a relancé un débat ancien. Castration chimique, peines planchers, registre des délinquants sexuels - les propositions fusent. Certaines méritent d'être prises au sérieux. Pas pour punir mieux. Pour protéger vraiment.

Ce que font les autres

Pendant que la France débat, certains pays agissent depuis des décennies.

En Scandinavie, la pédophilie est traitée comme ce qu'elle est - une pathologie. Le résultat est documenté : associé à une psychothérapie intensive, le traitement médical fait chuter le taux de récidive de 40 % à 5 %. Ce n'est pas une opinion. C'est une donnée.

En Pologne, depuis 2010, toute personne condamnée pour viol sur un mineur de moins de 15 ans peut être soumise, sur décision d'un tribunal, à une thérapie pharmacologique et psychologique obligatoire. L'Allemagne, le Danemark, la Norvège, la Suède ont emprunté des chemins similaires.

La France, elle, hésite. Entre éthique médicale et instinct punitif. Entre protection des victimes et droits du condamné.

Le Québec comme meilleur exemple à suivre

Depuis 1979, l'Institut Philippe-Pinel de Montréal traite les délinquants sexuels comme des malades. Prise en charge dès la condamnation. Suivi après la libération. Pratiquement à vie.

Résultat : le risque de récidive est divisé par deux.

Le Dr Jocelyn Aubut, fondateur de cette unité, est sans détour : « La difficulté n'est ni médicale ni financière. C'est une question de volonté. C'est un choix idéologique. »

Ce que disent les experts

Les psychiatres sont clairs : le traitement médical réduit les pulsions, mais ne les annihile pas. Ce n'est pas une solution miracle. C'est une condition nécessaire - pas suffisante.

Ce qu'ils disent aussi, et qu'on entend moins : sans psychothérapie intensive et sans suivi continu, aucune mesure ne tient. Ni la prison. Ni le traitement hormonal. Ni le fichier.

Le vrai enjeu n'est pas de choisir entre punir et soigner. C'est d'accepter que soigner - durablement, sous contrainte si nécessaire - protège mieux que punir.

Ce que cela implique

Un pédophile traité et suivi représente moins de danger qu'un pédophile emprisonné puis relâché sans prise en charge. C'est mathématique.

Cela suppose une révolution culturelle. Accepter qu'un prédateur sexuel est d'abord un malade. Que l'écarter de la société sans le traiter ne fait que reporter le problème. Que la sévérité de la peine ne remplace pas l'efficacité du suivi.

Et pour les cas incurables - ceux que ni le traitement ni la thérapie ne stabilisent - l'écartement durable s'impose. Non comme punition. Comme protection.

Lyhanna mérite cette honnêteté-là.

L'essentiel
  • La pédophilie est une maladie. La prison ne la soigne pas. Le prochain malade rode déjà.
  • Une maladie. Pas un crime ordinaire. Une seule réponse : le traitement.
  • On n'emprisonne pas un malade. On le soigne. Ou on l'écarte.
Découvrez "L'emprisonnement" sous la loupe

Découvrez Bruno GYSELS

L'avocat convaincu que la justice peut et doit beaucoup mieux faire.

Suivez Libérons la Justice sur Facebook - Et ne ratez aucune actualité

Suivez-nous

Dernier article du blog

Voir toutes les actus

Une expérience unique

Nous sommes soucieux de vous offrir une navigation sécurisée et personnalisable. Nous utilisons à cette fin des cookies afin de vous proposer des offres adaptées à vos centres d’intérêt, recueillir anonymement des données de statistiques et vous permettre une visite la plus agréable possible.