Faut-il accélérer la justice au risque d’appauvrir le procès ?
Pourquoi voulons-nous tellement punir ? Ce réflexe profondément humain - et ce qu'il nous coûte
Légitime. Universel. Insuffisant.
Punir semble évident. Naturel. Incontestable. Mais d'où vient ce réflexe ? Pourquoi est-il si puissant ? Et surtout, quel est son coût réel - en récidive, en nouvelles victimes, en cycles qui se répètent ?
Un réflexe universel
Un enfant frappe son camarade.
On lui retire son jouet.
Un adolescent vole.
On l'enferme dans sa chambre.
Un adulte commet une infraction.
On l'envoie en prison.
La logique est la même depuis toujours.
Tu as fait du mal. Tu dois souffrir.
Ce réflexe est universel.
Il traverse les cultures, les époques, les civilisations.
Mais universel ne signifie pas efficace.
D'où vient ce désir de punir ?
Il ne vient pas du néant.
Il vient de quelque chose de très profond - et de très légitime.
Le besoin de rétablir l'équilibre.
Quand une règle est violée, quelque chose se brise.
Un équilibre. Un ordre. Un sentiment de justice.
Et pour rétablir cet équilibre, l'instinct est immédiat :
faire subir à l'auteur ce qu'il a fait subir.
Œil pour œil. Dent pour dent.
Une logique que l'on croit dépassée.
Qui n'a pourtant jamais vraiment disparu.
Elle s'est simplement habillée en droit pénal.
Œil pour œil. Dent pour dent.
Une logique que l'on croit dépassée.
Qui n'a pourtant jamais vraiment disparu.
Elle s'est simplement habillée en droit pénal.
Le désir de punir remplit plusieurs fonctions
Il n'est pas irrationnel.
Il répond à des besoins réels.
Il rassure - quelque chose a été fait.
Il répare symboliquement - la souffrance de la victime est reconnue.
Il protège l'ordre social - la règle est réaffirmée.
Il dissuade - en théorie, du moins.
Ces fonctions sont légitimes.
Mais elles ont un coût que personne ne calcule vraiment.
Ce que le désir de punir cache
Derrière ce réflexe se cache une croyance non formulée :
Plus on punit, moins il y a d'infractions.
Cette croyance est rassurante.
Elle est simple.
Elle est fausse.
Les prisons sont pleines.
La récidive ne baisse pas.
Les infractions se répètent.
Si punir suffisait, cela ferait longtemps que ça marcherait.
Pourquoi punir ne suffit pas
La punition agit sur la conséquence.
Pas sur la cause.
Elle répond à ce qui s'est passé.
Elle ne transforme pas ce qui a conduit à l'acte.
Un toxicomane condamné sort de prison toujours dépendant.
Un homme violent condamné sort de prison toujours violent.
Un individu en détresse psychologique condamné sort de prison toujours en détresse.
La peine a été exécutée.
Le problème, lui, est intact.
Et pendant ce temps, les causes qui ont produit l'acte continuent de produire de nouveaux actes.
De nouvelles victimes.
Un nouveau cycle.
Des millénaires de punition.
Le problème persiste.
Le coût politique du désir de punir
Ce réflexe a aussi une dimension politique.
Punir est visible.
Augmenter les peines se voit.
Construire des prisons se voit.
Afficher la fermeté se voit.
Traiter les causes ne se voit pas.
Accompagner un jeune en difficulté, financer un programme de réhabilitation, investir dans la prévention - tout cela prend du temps, coûte de l'argent, et ne fait pas la une des journaux.
Résultat :
On choisit ce qui rassure plutôt que ce qui protège.
Et on s'étonne que rien ne change.
Comprendre le désir de punir n'est pas l'excuser
Ce n'est pas remettre en cause la nécessité de punir.
La sanction est nécessaire.
Elle marque une limite.
Elle reconnaît la souffrance de la victime.
Elle rappelle que la règle existe.
Mais elle n'est est pas une fin.
Elle est un point de départ.
Et si on s'arrête là - si on croit que punir suffit - on se condamne à recommencer indéfiniment.
Comprendre pourquoi on veut punir, c'est la première étape pour punir mieux.
- Le désir de punir est humain - et légitime.
- Mais croire qu'il suffit de punir plus fort pour protéger davantage est une illusion.
- Une justice efficace punit - et va au-delà.

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